Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
Webzine
Janvier 2004
01/01/2004
 

Le cinéma autrement

Rendez-vous, le court métrage de Damien Chemin est peu banal pour ne pas dire plus. D'abord parce que c'est la seconde fois qu'il autoproduit un film, ensuite parce qu'il est sélectionné pour la deuxième fois dans « Tout Court » (Comptine étant passé en mars 2002, cf. archives) et enfin, parce que Rendez-vous est encore meilleur que Comptine que nous avions déjà beaucoup aimé. Nous ne sommes pas les seuls, Muriel Kuypers aussi.

Rendez-vous

Comptine de Damien Chemin, diffusé il y a deux ans dans « Tout court », nous avait emballé. Le film et la prestation de Bénédicte Vandereydt. On attendait donc le second avec impatience. Autant vous le dire d'emblée, Rendez-vous, est encore meilleur, c'est dire la volonté de son auteur à vouloir exprimer le monde qu'il porte en lui. C'est donc justice si Rendez-vous a obtenu le Prix du meilleur court métrage à Média 10/10.
Dans Lettre d'une inconnue Max Ophuls avait choisi de terminer son film sur un duel qu'il ne nous montre guère mais dont il nous fait deviner l'issue. Damien Chemin, lui construit son film sur un duel, le rituel du suspense par excellence. Rendez-vous est un jeu subtil sur la distance qui sépare les deux protagonistes qui s'affrontent devant un couple de témoins. Un moyen pour le réalisateur de montrer l'enjeu en alternant au niveau optique les plans moyens et les gros plans. De rapprocher ou d'augmenter les distances de ce moment capital qui sépare la vie de la mort. Damien Chemin filme les visages comme des paysages que l'angoisse et la peur creusent, décolorent, racontent une histoire, leur histoire celle qui défile, paraît-il avant que ne triomphe la mort. L'impact de ces plans très découpés est d'autant plus fort que le sujet de l'offense que les duellistes entendent laver dans le sang nous est inconnu ce que le réalisateur se garde bien de nous révéler. Elle restera hors champ. Définitivement. Par contre, quelques canards, conduits par deux enfants (la géométrie du film se décline par couple) envahiront l'espace entre les duellistes tout en maintenant le suspens mais en préfigurant, tel un clin d'oeil, la chute que vous ne découvrirez que si vous regardez le film au-delà du post-générique.

Le réalisateur manie le suspens au couteau avec une touche d'humour bunnuellien. Ajoutons-y un travail sur le son : dialogue minimum, pas de musique, les bruits de la nature. Sauf au final une chanson traditionnelle (I Hae been at crookie-den) qui risque de s'interrompre plutôt brutalement.

commentaires propulsé par Disqus