Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
09/04/2010
 

Le Concert de Radu Mihaileanu

L'incroyable pouvoir de la musique
Après une incursion réussie dans le domaine dramatique avec le formidable Va Vis et Deviens, Radu Mihaileanu, pour son quatrième long métrage, retourne sur le terrain de la comédie sociale « à la slave », où le mélodrame et un humour parfaitement farfelu se mélangent sur un rythme de plus en plus débridé. Un exercice « à la Kusturica » plutôt bien mené, sauf que, là où le maître yougoslave maîtrise en virtuose tous les paramètres de son film, le cinéaste roumain s’avère incapable de contenir les outrances, inhérentes au processus, dans les limites du bon goût. Le film perd ainsi pas mal de sa crédibilité dans une enfilade de clichés à la limite du politiquement correct (les Russes sont tous des mafieux milliardaires ou bien pauvres, alcooliques et combinards, les Juifs ne perdent jamais le sens des affaires, les Tsiganes sont mal aimés, mais généreux et débrouillards, etc…) et aligne, avec plus ou moins de bonheur, des vannes pas toujours des plus fines. Mais ce maelström un peu foutraque emporte néanmoins l’adhésion du spectateur grâce à une formidable générosité et une humanité à fleur de peau. Mihaileanu crée de véritables personnages, émouvants et prenants, et réussit à accrocher le spectateur sur un scénario qui aurait mérité un traitement plus équilibré.
Surtout, il y a cette séquence finale, les 20 minutes de concert filmées de façon étourdissante et montées en virtuose où, rarement, la puissance de la musique n’aura été évoquée de façon aussi convaincante. Elle balaie sur son passage les excès et les maladresses, et permet au spectateur de sortir de la vision du Concert  avec des étoiles dans les yeux. Radu Mihaileanu a d'ailleurs bénéficié de la reconnaissance de ses pairs qui ont nominé le film à six reprises pour les Césars 2010, dont pour le meilleur film, et le meilleur réalisateur et lui ont décerné deux récompenses, pour la meilleure musique et le meilleur son. 

Le concertOn retrouve dans Le concert un thème cher au réalisateur roumain (établi à Paris depuis les années 1980) : des personnages contraints d’usurper un statut qui n’est pas le leur pour pouvoir échapper à leur destin et s’offrir une vie meilleure. Dans Train de vie, c’est un village entier qui se transforme en convoi de déportés pour échapper - justement - à la déportation et à la mort dans les camps. Dans Va vis et deviens, un jeune Ethiopien se prétend juif Falacha pour pouvoir émigrer en Israël. Ici, des musiciens déchus d’un orchestre russe se font passer pour l’orchestre du Bolchoï afin de prendre une revanche sur la vie de misère à laquelle les ont condamnés les autorités soviétiques. Un rêve fou auquel chacun va adhérer pour des motivations qui lui sont propres, mais qui va réussir parce que chacun saura, au moment décisif, se raccrocher au projet commun. Cette métaphore du contrat social se dévide au fil d’un scénario truffé d’invraisemblances qu’on accepte parce que, derrière la comédie déjantée, se dessinent des personnages aux sentiments et aux motivations profondément humains. Des personnages auxquels donnent vie une brochette d’excellents comédiens. On retiendra la densité des deux principaux comédiens russes, Alexeï Guskov et Dimitri Nazarov qui contribuent grandement à crédibiliser le côté dramatique du scénario. Y répondent la tendresse maternelle férocement protectrice de Miou Miou, la férocité sarcastique de Berléand, irrésistiblement drôle en directeur d’opéra nombriliste, et la gravité tendue de Mélanie Laurent. Et comme toute comédie qui se respecte, le film sait également s’appuyer sur une galerie de savoureux seconds rôles qui lui apportent tout son sel.

Le DVD proposé par Cinéart et Twin Pics propose, outre le film, de très intéressantes interviews du réalisateur Radu Mihaileanu et de la comédienne Mélanie Laurent. Cette dernière y explique notamment tout le travail qu’elle a consenti pour acquérir les gestes et le comportement d’une violoniste virtuose, et assurer une prestation crédible pendant cette longue séquence du concert, qui est le point d’orgue du film. Eclairant.

Le concert de Radu Mihaileanu, edité par cinéart et diffusé par Twin Pics

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