Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
 

Le conte de la princesse Kaguya d'Isao Takahata

Edité par Lumière, Le conte de la princesse Kaguya d'Isao Takahata est un véritable petit bijou d'animation traditionnelle. Le traitement dessiné, très proche de l'aquarelle, est un enchantement visuel. Mais Isao Takahata est un maître triste. Le Tombeau des lucioles qui racontait l'histoire d'une petite fille pendant la Seconde Guerre mondiale était un film bouleversant sur la mort, le deuil et l'abandon. Adapté d'un récit traditionnel et folklorique, Le conte de la princesse Kaguya irradie une mélancolie douce comme les plus anciens chagrins, mais son ancrage dans le monde organique, des plantes, des collines, des enfants couverts de poussière, est une ode à la vie.  

Le conte de la princesse Kaguya d'Isao TakahataUn coupeur de bambou découvre, un beau matin, une minuscule petite fille lumineuse au centre d'une pousse de bambou. Il la ramène chez lui et l'élève avec sa femme. Et l'enfant pousse et grandit à une allure vertigineuse. Petite fille qui court dans les montagnes, amoureuse et libre, Kaguya est bientôt embarquée en ville pour que sa destinée hors norme se réalise, qu'elle épouse l'un des puissants de ce monde, devienne impératrice, et règne. Mais la jeune fille n'arrive pas à se résoudre à cette vie. Déchirée entre les attentes de ses parents et ses aspirations à retrouver et ses amours et sa liberté, Kaguya doit finalement repartir là d'où elle vient, quitter cette terre, ses souffrances et ses joies pour retourner à une pureté pâle et grise, douce mais morne, calme mais immobile comme les statues de Bouddha.

Très épuré, Le conte de la princesse Kaguya travaille les lignes, les effets de brosses, de pinceaux. Takahata construit presque son film sur le mode des lavis d'aquarelles, laissant beaucoup d'espaces blancs dans ses dessins. L'image n'est pas entièrement pleine, à la manière des calligraphies ou des aquarelles traditionnelles chinoises et japonaises. L'imagination alors s'y perd, l'espace de la rêverie s'y invente. Les couleurs vives se délavent, se rejoignent, se débordent. Les scènes rapides, comme la fuite de la princesse présentée à la haute société, sont purs délices et délires. Le pinceau de l'artiste réduit par instant le dessin aux traits essentiels de la calligraphie. Quand Kabuya court, tout n'est plus que lignes qui dansent, filent, s'ébauchent autour d'elle. C'est la peinture dans son entier qui s'anime et qui vibre, ce sont les lignes elles-mêmes qui courent. Véritable ode à la vie, à sa diversité et à sa richesse, au monde des humbles et des paysans, à la liberté des enfants, Le conte de la princesse Kaguya réinvente aussi le dessin animé osant jusqu'à l'abstraction des lignes et des formes tout en renouant avec l'univers de la peinture traditionnelle.

On regrette vivement que l'édition DVD de Lumière se contente du strict minimum : le film et ses versions sous-titrées (en français et en néerlandais). Une version française permettra aux petits francophones d'accéder au film plus facilement. Mais quid d'un petit commentaire sur le film, sur sa technique, de petits bonus pédagogiques destinés aux grands comme aux petits pour nous dévoiler les enjeux techniques de ce chef-d'œuvre ? Un critique de cinéma passionné d'animation qui sévit dans un quotidien belge aurait sans doute pris beaucoup de plaisir à nous expliquer tout ça. Un petit documentaire sur le travail d'Isao Takahata et sur le Studio Ghibli aurait été réjouissant. Tant pis. On se régalera simplement de ce film lyrique, tragique et éblouissant.

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