Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
05/05/2006
Mots-clés : court métrage,
 

Le Court métrage - Thierry Zamparutti

Avec Patrice Beaudinet, il a lancé une collection de cassettes (« Cours toujours, tu m’intéresses ») et de fascicules (« Le trimestriel du court métrage belge ») car la visibilité du court leur apparaissait trop dérisoire. En regroupant productions belges, formats et thématiques de tous genres, l’initiative a eu un certain succès et ce, avant l'impulsion du DVD.

C. : Peux-tu restituer l’aventure « Cours toujours, tu m’intéresses », cette idée de cassettes accompagnées de livrets initiée en 97 ?

T. Z. : Avec Patrice Beaudinet, on s’est rendu compte que pour regarder les courts métrages, il n’y avait absolument rien qui existait. Le festival du court métrage Média 10/10 avait lieu 15 jours plus tard à Namur et on s’est dit : « on va rapidement demander à quelques potes leurs courts métrages : Roland Lethem, Jean-Paul De Zaeytijd, Damien de Pierpont et Jean-Philippe Laroche. » On a vite fait un numéro zéro avec un fascicule qu’on tirait à la photocopieuse. On l’a appelé ainsi parce qu’on s’est dit : « on ne fait pas ça de manière très sérieuse. On veut juste réagir ». Donc, on a pris une table à Média 10/10, on a essayé de taxer un maximum de monde et on a vendu 20 cassettes sur un petit week-end. Notre vente était un peu agressive quand même, c’était : « allez, il faut nous donner un coup de main ! » Ça a pris naissance comme ça. Les gens trouvaient ça très chouette, mais il y avait toute une série de problèmes techniques.

C. : Ces problèmes survenaient-ils parce que ces films avaient été conçus pour être présentés en salles et non sur supports VHS ?

T. Z. : Oui, tout à fait. Ces films ont été faits sur pellicule au départ. Il y en a même certains dont il n’existait pas de télécinéma. Donc, il fallait aussi solliciter la Cinémathèque Royale pour pouvoir sortir les négatifs. Ce n’était pas une mince affaire. Il y avait plein de paramètres qu’on ne maîtrisait pas du tout comme le souffle, puisque le silence vidéo n’existe pas. On a eu les pires problèmes techniques qu’on pouvait avoir au début. Par exemple, pour La dame dans le tram (Jean-Philippe Laroche), il existe un support Béta mais qui est vieux donc, il y a des problèmes. À un moment donné, tu vois  des vers qui apparaissent à l’image !

C. : « Cours toujours » a renouvelé l’expérience en consacrant ses éditions suivantes au fantastique, au polar, à l’animation, à l’underground entres autres, et en accueillant une diversité de formats : films super 8, tournés en 35mm ou en HDTV. Comment sélectionniez-vous les films de chaque numéro ?

T. Z. : Après le numéro zéro, on s’est demandés ce qui pouvait attirer les gens et on a pensé à la thématique. On compilait les courts sans avoir la prétention d’être exhaustif et ça nous a permis d’avoir une vue d’ensemble des genres. Et souvent, on découvrait des films après que le numéro soit sorti. (…) Mais nous, on avait surtout envie de montrer des choses qui ne se voyaient pas nécessairement comme des films en super 8. (…) Il y avait aussi des courts qu’il fallait absolument avoir comme Les Aventures de Bernadette Soubirou qui date de 1973 ou Equilibres de Marion Hänsel pour lequel il n’existait pas de négatif en Belgique. (…) On s’ouvrait donc aussi aux réalisateurs du moment et aux plus anciens. (…) En général, on payait 25 euros de droits mais beaucoup d’auteurs nous ont dit : « on trouve l’initiative très chouette. Cadeau. » A l’inverse, on a eu des propositions hallucinantes. Des gens qui réclamaient 1000 euros pour que leur court métrage figure sur une cassette. Fatalement, on refusait. Donc, ça aussi, ça a participé quelque part à la sélection.

C. : Rétrospectivement, estimes-tu que « Cours toujours » a été un soutien concret à la promotion et la diffusion du court métrage ?

T. Z. : J’ai l’impression qu’on aurait été prétentieux si on avait pensé ça parce qu’on n’avait pas de vrai diffuseur. On était sur les stands, on profitait de petits événements cinéma pour déposer des tracts et on faisait de la vente par correspondance. (…) Mais on avait peu de temps, pas vraiment de moyens de promotion, quelques sponsors mais pas de subventions. Donc, on était totalement bénévoles. Et puis, il fallait gérer les articles. Là aussi, c’étaient les coups de main à gauche et à droite. Au départ, on voulait faire un trimestriel du court métrage belge puis, on s’est rendu compte qu’on n’y arrivait pas avec notre emploi du temps et du coup, c’est devenu le magazine qui sortait une fois tous les x temps, c’est-à-dire quand on avait le temps!

C. : Pourtant, malgré l’absence de circuit de diffusion, la VHS permettait d’inscrire les films dans la durée et modifiait les habitudes de visionnage. En dépit de la débrouille ambiante, vous comptabilisiez tout de même une centaine d’abonnés et cultiviez un côté artisanal à une époque où le DVD n’existait pas et où la visibilité du court était très confidentielle.

T. Z. : J’aime bien l’expression « artisanal ». Il est vrai que Patrice et moi, on a toujours eu l’idée qu’on faisait ça pour le court métrage, pour lui permettre d’être vu, découvert et ça, malgré nos moyens techniques et financiers. (…) En faisant ce travail, on apprenait énormément de choses, on découvrait des gens et des méthodes de travail. (…) Il est vrai que quand on était en pause pendant un an, ce genre d’initiative en VHS était rare. Il y avait bien Cinéma Brévis qui avait sorti une cassette « spécial courts métrages » sponsorisée par une marque de bière. Le problème, avec ce concept marketing, c’est que le sponsor se dit qu’il écoulera plus de packs de bière grâce au cadeau à savoir les courts. Les amateurs de courts métrages avaient peut-être envie de recevoir une cassette et s’achetaient dès lors le pack. Mais est-ce que ça intéresse pour autant les buveurs de bière d’avoir une cassette de courts métrages ?! (…) Maintenant, c’est vrai que le DVD aide à la visibilité de beaucoup de choses et surtout du court métrage. Je ne compte plus le nombre de machins qui sortent en DVD sur le court.

C. : Le court métrage impose d’assimiler toutes les propriétés d’un long métrage dans une durée limitée. Beaucoup de réalisateurs conçoivent encore le court comme l’école du long. D’autres, moins nombreux, décident pourtant de poursuivre dans ce format, expérimentant ce qu’ils ne pourraient développer dans le long. Est-ce que le concept « carte de visite » est à revoir ?

 T. Z. : Je crois que l’histoire du cinéma a commencé non pas avec des longs métrages mais avec des courts métrages. (…) Je pense qu’il y a encore beaucoup trop de réalisateurs qui se sont mis une pression pour réussir leur court métrage parce qu’après, ils ont cette idée du long. Ils ont, en fait, oublié l’essentiel : c’est que le court métrage, c’est une œuvre en soi, qui n’appelle pas nécessairement à quelque chose d’autre après et qui, en général, quand elle est conçue dans ce but-là, est quelque chose de très réussi. (…) Il y a quelques personnes, par contre comme Olivier Smolders et Manu Gomez, qui font des courts métrages pour les courts métrages et ça, c’est super chouette car ils n’ont pas perdu contact avec le court. Ce qui est comique, c’est que le court métrage, en général, ça fait partie de tes premières expériences. Donc, quand tu fais du long, quelque part, si tu reviens au court, tu devrais faire des courts magnifiques.

 

 

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