Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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Juin 2011
10/06/2011
 

Le Festival de Cannes vu par la lauréate des jeunes critiques, 2011

Le Festival de Cannes, ou quand le triangle des Bermudes prend place au bord de la Méditerranée, c’est ainsi que l’on pourrait envisager la curieuse et étonnante atmosphère qui règne dans cette ville paradoxale, truffée de mystères et d’incohérences.

Cette année, la prestigieuse sélection officielle était de qualité. Les critiques, avant de se déchirer sur leurs pronostics et de manifester leur mécontentement à l’annonce du Palmarès, étaient unanimes : 2011 est un grand cru.
Les Belges, représentés à cinq reprises, n’avaient certainement pas à rougir de leur travail : finis les préjugés absurdes, ce n’est pas la taille d’un pays qui fait la grandeur de son cinéma ! Un immense coup de cœur pour Les Géants de Bouli Lanners, récit tendrement drôle d’enfants abandonnés dans les paysages de notre Belgique rurale.

Dépaysée et munie d’une carte, j’ai décidé d’aborder les rues cannoises qui m’étaient inconnues, et c’est pleine d’énergie et d’enthousiasme, que je me suis rendue à la projection du second film de mon séjour et le premier de ma journée : Le grand tour. Je n’hésite pas à interroger un passant sur deux qui se révèle bien souvent être un touriste aussi perdu que moi. Les véritables Cannois ont-ils déserté la ville ?

La croisette et le centre ville ressemblent d’avantage à une gigantesque fête foraine. Plus on avance, et plus on s’enfonce dans les profondeurs du luxe et du glamour. Les paillettes et les lumières festives nous éblouissent, c’est la Quinzaine du cinéma, ou la juxtaposition des plus grandes fêtes du calendrier. Les Champs-Élysées du Sud accueillent le Carlton, le Martinez, et le Majestic, pour les hôtels, ainsi qu’une incroyable série de vitrines alléchantes.

Si Cannes est le rendez-vous des cinéphiles, une autre espèce, peu répandue dans nos quartiers serrésiens admirablement décrits par les frères Dardenne, se réunit également en ce mois de mai : c’est un véritable troupeau de tailles fines et de jambes Adriana Karembesques se disputant la place avant de la dernière voiture à la mode (ou le nouveau milliardaire venu, qui sait ?). Un tourbillon de luxe et d’abondance aperçu lors de mon attente, patiente, dans les files avant les projections, ou lors de mes promenades et de messoirées chics.

Si la superficialité recouvre la croisette, je n’oublierai pas de mentionner les belles rencontres : des gens passionnés à tous les coins de rue ravis d’entretenir des discussions animées sur le dernier film visionné, un Benjamin Biolay discret après la séance de Pourquoi tu pleures ?, un Bouli Lanners jovial et gai après le triomphe mérité de son troisième film, mais aussi des organisateurs, voire même des stylistes, et des journalistes investis : tant de « bonjours » enrichissants !

La magie du Festival me ferait presque omettre l’essentiel : le cinéma ! J’ai eu l’occasion de découvrir des talents bulgares grâce à Ave de  Konstantin Bojanov et de ressentir à nouveau  de nobles émotions en découvrant sur grand écran Les Enfants du paradis.
J’ai affiné mes connaissances en assistant à la leçon de cinéma de Malcolm Macdowell après un étonnant reportage sur
Orange Mécanique. Et j’ai pu réfléchir sur la condition de la femme dans certains villages isolés du Maghreb avec La source des femmes, en compétition officielle. Une seule déception, et avec du recul, un besoin indispensable pour conserver le rythme frénétique de mes journées sur la croisette : une petite sieste devant un film relatant la vie de quatre insomniaques désespérés (la réalisatrice aurait-elle découvert plus puissant que le somnifère?)
Mais peu importe, Cannes est l’incroyable intersection annuelle d’une culture cinématographique pointue et de la superficialité ensorceleuse. Deux options du Festival diamétralement opposées.
Mais entre les deux, faut-il vraiment choisir ?

 

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