Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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Octobre 2014
30/09/2014
Mots-clés : festival, Namur,
 

Le FIFF : Egalement une histoire belge

Il y a peu, Jacques Attali, dans un rapport adressé à François Hollande, mettait encore l’accent sur l’importance stratégique de la francophonie dans le monde. Une occasion que ne pouvait manquer Jean-Louis Close, Président du Festival de Namur. Dans son allocution à la presse, il rappelait que cela fait 29 ans maintenant que le Festival du film francophone met en pratique cette conviction, en rassemblant par le cinéma tout ce qui nous réunit, de Ouagadougou à Chicoutimi, de St Louis (Missouri) à Battangbang (Cambodge) et de Antananarivo à Villers-Le-Bouillet. Cette année encore, du 3 au 10 octobre, pas loin de 150 films, plus de 70 invités, des animations musicales, des concours feront vibrer la petite capitale mosane. Avec le ciné- pass à 20 euros (passe quotidien à 8 euros), un catalogue à 2 euros et de nombreuses animations festives, le festival a su se concilier un large public de cinéphiles et de curieux venus découvrir des films de partout, la plupart inédits, dans une ambiance bon enfant. À tel point que l’affluence est parfois difficile à gérer et qu’il n’est pas rare de voir des salles afficher complet au grand désappointement des derniers arrivés. Mais c’est la rançon du succès, et puis… tous les festivals ne peuvent pas en dire autant…

photo du film Tokyo fiancée de Stephane LiberskiNamur, festival francophone, n’oublie pas son ancrage belge. Prenez le film d’ouverture, par exemple. Stéphane Liberski, ex-Snul et toujours drôle, présente en première mondiale son troisième long métrage qui adapte le roman d’une autre Belge très médiatique : Amélie Nothomb. Visiblement, les affinités de la dame avec le Japon sont jugées très cinématographiques puisqu’après le très réussi Stupeurs et tremblements d’Alain Corneau, c’est un autre épisode des aventures nippones d’Amélie que Liberski porte à l’écran.Tokyo fiancée narre les amours d’Amélie et d’un fils du Soleil-Levant, et c’est encore une Belge, la jeune Pauline Etienne (La religieuse), qui aura la lourde tâche de donner chair au personnage et de faire oublier l’extraordinaire interprétation de Sylvie Testud pour Corneau. Quant au film de clôture, Terre battue du Français Stéphane Demoustier, il a aussi un sérieux ancrage belge puisqu’il est coproduit par les frères Dardenne et la RTBF, et que le rôle principal est tenu par Olivier Gourmet. Enfin, notons la présence d’un autre film belge en avant-première, avant sa sortie (dès le 6 octobre à Flagey), Le goût des myrtilles de Thomas de Thier avec en vedette un Michel Piccoli qui sera présent à Namur, si sa santé le lui permet.

photo du film Alleluia de Fabrice du WelzEn compétition officielle, dans une sélection internationale où on attend avec impatience des films du calibre de Bande de filles de Céline Sciamma, Mommy du prodige québecquois Xavier Dolan ou encore G

éronimo de Tony Gatlif (avec David Murgia, encore un compatriote dont on entend parler partout), 3 longs métrages belges. Outre Tokyo fiancée, déjà évoqué, on retrouve le très mélo Melody du namurois Bernard Bellefroid qui avait obtenu le prix du public au FIFF avec son précédent film, La Régate (il y confrontait déjà David Murgia et Sergi Lopez, que l’on retrouve cette année ensemble dans Géronimo). Et puis, un film très très attendu : Alléluia, cinquième long métrage de ce génial illuminé du cinéma de genre qu’est Fabrice Du Welz. Un des plus brillants réalisateurs belges que l’on retrouve avec plaisir aux commandes d’un film personnel et décalé dont, cette fois, il a la pleine maîtrise (son précédent film, Colt 45 sort précisément en salles mercredi). On salive d’avance aux mésaventures ardennaises de Laurent Lucas dans une sombre histoire inspirée des tueurs de la lune de miel, et on n’est pas les seuls puisque le film fera aussi l’affiche du Gala de la Fédération Wallonie-Bruxelles, le mardi 7 octobre. Epinglons au casting l’étonnante Stéphane Bissot, la très sympathique Edith Le Merdy, Héléna Noguerra ou encore – coucou qui revoilàDavid Murgia.

Preuve de la vitalité de notre cinéma, la compétition Emile Cantillon des premières œuvres de fiction permet encore de découvrir 7 autres longs métragesbelges. 7, Rue de la Folie, de Jawad Rhalib, est un huis clos oppressant autour de trois sœurs vivant dans une ferme isolée avec un père tyrannique et violent. Un film sur l’enfermement, physique et mental et la nécessaire et difficile prise de sa propre parole. Adios Carmen de Mohammed Amin Benamraoui, ou l’histoire d’une petite fille, au Maroc, qui découvre l’amitié en compagnie d’une exilée espagnole, ouvreuse dans un cinéma.L’année prochaine de Vania Leturcq traite de l’amitié de deux adolescentes, brisée à l’heure de rentrer dans leur vie d’adulte. Bouboule de Bruno Deville est une coproduction belgo-suisse, tournée en grande partie à Namur, et un drame sensible autour de la difficile différence de Bouboule, 13 ans, 100 kilos. L’éclat furtif de l’ombre de Patrick Dechesne et Alain-Pascal Housiaux filment la vie d’Asidu, jeune pêcheur d’Ethiopie que l’on retrouve 40 ans plus tard chauffeur de taxi dans une ville d’Europe, un film étrange et beau, aux frontières de l’expérimental.Etre, de Fara Sene, présenté en première mondiale est un film belgo-français avec Bruno Solo en vedette, film choral autour de 7 destins d’être mal dans leur vie qui vont se rencontrer, s’entremêler pour révéler chacun à lui-même. Un sujet excitant autant que casse-gueule, à découvrir. Enfin, celui que tous les Namurois attendent, Jacques a vu, de Xavier Diskeuve. Notre confrère de L’Avenir s’est déjà fait remarquer par trois courts métrages à l’humour typé, décalé et un brin provincial. Sorte de Kaurismaki, il met en scène son premier long dans le prolongement de ses courts, avec son inénarrable trio de comédiens fétiches Christelle Cornil, Nicoles Buysse et surtout… Quel est le petit malin dans le fond qui dit "David Murgia"? Mais non, sot : François Maniquet. Extra-terrestre sorti de nulle part (il est, en fait, chercheur économiste à l’UCL), sorte de grand escogriffe malhabile et taiseux à la Tati, il est l’incarnation même du travail de Diskeuve et la grande révélation de ses courts métrages. On attend de le voir confirmer sur le long.

La marche de Nabil Ben YadirEt pour en terminer avec les longs métrages BBB, signalons que le FIFF programme aussi une section "Focus" qui permet de revoir les principaux films de la Fédération sortis cette année. Une occasion de vous rattraper si vous n’avez pas vu Deux jours, une nuit, Henri,La marche, Pas son genre, Puppylove ou Les rayures du zèbre. Et dans le cadre d’une collaboration avec le festival d’Ostende, le FIFF projette aussi un focus sur le cinéma flamand. Au programme, non pas The Loft (ouf !), mais Halfweg de Geoffrey Enthoven Image de Adil El Arbi et Bilal Fallah. Labyrinthus de Douglas Boswell et Plan Bart de Roel Mondelaers. De vraies découvertes.

Sur le plan des courts métrages, c’est aussi la fête au FIFF. Il faut dire qu’avec l’éclipse programmée du Festival Media 10/10, la programmation de celui-ci s’est reportée sur le FIFF enrichissant d’autant une compétition nationale déjà bien fournie. Résultat, 5 séances de courts métrages nationaux à partir de 10h00 et jusqu’à 21h00, le samedi 4 octobre. Et après, la compétition clip de 21h00 à 23h00. Un véritable marathon. Une journée saturée, certes, mais quasi exhaustive de la production belge de l’année. Des courts d’amateurs, d’étudiants, de professionnels plus ou moins aguerris, de la fiction, de l’animation, du documentaire. La question reste posée de savoir s’il est opportun de mélanger des productions professionnelles comme La buche de noël de Patar-Aubier (qui, en passant, viennent de remporter le Cartoon d’or 2014, félicitations aux heureux lauréats), La part de l’ombre d’Olivier Smolders, ou encore Albertine d’Alexis Van Stratum avec des films d’étudiants comme De la rage de Margot Fruitier, Paul et Virginie de Paul Cartron, Monstrede Delphine Girard ou bien Yaar de Simon Gillard.
Contre : à l’évidence, on ne joue pas dans la même cour !
Pour : on assure la même visibilité à tous ces films, petits ou grands !
On en discutera à l’infini. Retenons parmi tous les compétiteurs, plusieurs déjà évoqués par Cinergie : Babysitting Story de Vincent Smitz, Chazam de J.F. Metz, La demi-saison de Damien Collet, Les corps étrangers de Laura Wendel, Les Pécheresses de Gerlando Infuso, Solo Rex de François Bierry, The Dancing de Edith Depaule, Une séparation de Michael Bier, Vertiges d’Arnaud Dufeys.

Enfin, le dI comme Iran de Sanaz Azariocumentaire occupe également une place non négligeable au FIFF. Une salle lui est même intégralement consacrée. Une abondante programmation nationale et internationale attend les regards curieux, dont notamment les Belges I comme Iran de Sanaz Azari, un jeu subtil qui associe la calligraphie, la matière sonore des mots et leur signification dans le contexte politique et social iranien, et Les visites de Clément Abbey ou la vie au quotidien d’une femme médecin à domicile et de ses patients. Mais ne manquez pas non plus Carte postale, de Mahssine El Hachadi (sur les mariages forcés au Maroc), Entre ici et là-bas d’Alexia Bonta (le quotidien d’une coiffeuse en maison de retraite),Cochihza de Khristine Gillard (un voyage poétique et initiatique sur l’île d’Ometepe), Une ferme entre chien et loup de Chantale Leroy(le quotidien de deux vieux paysans, de leurs enfants et de leurs bêtes de toutes espèces), ou encore Après nous ne restera que la terre brûlée de Delphine Fedorov (à la rencontre de ceux qui, aujourd’hui, reviennent à Tchernobyl).
Autant de visages du cinéma de chez nous à découvrir lors de cette fête du cinéma francophone, du 3 au 10 octobre, à Namur.

http://www.fiff.be/

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