Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/11/2000
Mots-clés : hommage,
 

Le Fonds Myriam Garfunkel

Myriam Garfunkel, a collaboré au Magazine Cinergie dans les années nonante. Elle était déjà atteinte de la longue et pénible maladie qui allait nous la ravir. Nous ne l'avons jamais vue se plaindre - parfois une grimace, vite réprimée, nous rappelait quelles souffrances elle endurait - mais être attentive à choisir l'angle le plus pertinent pour aborder le sujet ou le film que nous lui demandions de traiter.
Il y a trois ans, ses parents ont créé Le Fonds Myriam Garfunkel, géré par la Fondation Roi Baudouin, qui a pour but en perpétuant sa mémoire d'apporter une contribution à la conservation et à la restauration des films archivés à la Cinémathèque Royale de Belgique. Girls in Chain (1943) d'Edgard G . Ulmer (l'un des réalisateurs favoris de Godard à l'époque où il écrivait dans Les Cahiers du Cinéma) a déjà pu être restauré grâce au Fonds. En 1999-2000, C'est Woman and Gold (1925) de James P.Hogan dont la seule copie subsistant au monde est conservée dans notre Cinémathèque.
Nous vous proposons un texte de Philippe Reynaert, autre collaborateur du magazine, qui dessine un portrait de Myriam Garfunkel à l'époque où il élaborait le projet du magazine Visions qui restera, pour les années 80, la revue de cinéma belge de référence.

le cinéma et la vie
J'ai rencontré Myriam Garfunkel pour la première fois en juin 1979. Je faisais mes tout premiers pas dans la critique de cinéma et Myriam rendait parfois visite à Sophie de Romrée avec qui je travaillais. Je me souviens de cette après-midi où les deux amies sont rentrées d'une projection de presse (laquelle?) de fort bonne humeur. Dès leur arrivée au bureau, nous avons parlé films. Avec passion bien sûr. J'étais le plus jeune des trois et je ne savais pas encore que la vie est plus importante que le cinéma.
Je ne dirais pas que c'est Myriam qui me l'a appris mais au beau milieu de la discussion, elle m'a littéralement cueilli d'une simple question :
"C'est vraiment important pour toi ce que tu dis là ?" Quand elle posait ce genre d'interrogation, Myriam affichait un très grand sourire qui restait sur ses lèvres bien après qu'elle eut parlé. On aurait même pu croire que son visage se figeait dans cette expression engageante s'il n'y avait eu ses yeux, toujours en mouvement, de gauche à droite et de droite à gauche dans votre regard, comme s'ils scrutaient votre âme. D'un coup, d'un seul, Myriam avait redonné sa place aux choses : "Est-ce vraiment important pour moi ce que je dis là ?". La bonne question. L'impression que Myriam m'a faite ce jour-là ne s'est jamais démentie. Elle a toujours
continué à se passionner. Mais sans jamais oublier de distinguer ce qui était vraiment important de ce qui ne l'était pas. Comme une grande amoureuse qui ne perdrait jamais le sens de l'humour. Les années ont passé. Et puis Myriam n'a plus été là. Aujourd'hui, pour perpétuer sa
mémoire, ses parents ont créé le Fonds Myriam Garfunkel. Je pense qu'elle aurait adoré cela. Elle aurait pris très au sérieux nos débats de pré-sélection des films à restaurer. Mais elle aurait aussi aimé se faufiler dans nos réceptions annuelles au Musée du Cinéma. Elle aurait écouté avec attention nos discours émus à son sujet. Puis elle aurait souri : "C'est vraiment important pour vous ce que vous dites là ?"

Septembre 2000

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