Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/09/1998
Mots-clés : cinéma belge, tournage
 

Le Jour du combat

Description d'un combat

Nous sommes au studio Triangle 7, avec le monteur son Paul Heymans et le réalisateur Stephan Streker qui achèvent le montage son du Jour du combat, un documentaire tourné en février de cette année par Stephan. Le film enregistre le combat de deux challengers, Béa Diallo, Belge d'origine guinéenne, et le boxeur français Pascal Mercier, combattant pour la ceinture Intercontinentale IBF des poids moyens. Une rencontre organisée le 20 février 98 au Palais du Midi. Le parti pris du réalisateur étant de filmer les deux boxeurs dans tous leurs faits et gestes, avant, pendant et après le combat. 
Stephan Streker, qui aime la boxe, n'en est pas à son coup d'essai. On lui doit un court métrage de fiction en noir et blanc, Shadow Boxing, qui racontait, dans une mise en scène speedée et avec un détachement de documentariste, la journée d'un jeune boxeur maghrébin, ses entraînements, ses rêves, ses espoirs.

Personnages
Sur l'écran 16 X 9, les images du film défilent. D'entrée les plans nous montrent le visage de Pascal défait. On comprend que non seulement il vient d'être battu mais qu'il risque de ne plus jamais remonter sur un ring. A côté de lui, un homme qui lui ressemble en plus âgé prononce des mots qui lui viennent du coeur mais qui moralement doivent faire plus mal encore que les coups de son adversaire : "Mon fils pratique une autre sorte de boxe que moi, j'étais plus méchant... Il lui manque un peu de méchanceté !" Gros plan sur le visage de Pascal, l'arcade sourcilière gauche ouverte, et qu'on soigne. "Il a le tempérament de sa mère !", poursuit le père, inconscient des ravages qu'il cause au moral de son fils doublement vaincu physiquement et symboliquement.

Le réalisateur
"Dans le film, m'explique Stephan Streker, il y a deux chronologies : le film commence avec Pascal Mercier qui a perdu son combat. Il sort du ring et c'est son évolution qu'on suit tout au long du film . Au début il a le visage complètement décomposé, marqué et on le soigne. Ce qu'il vient de vivre est extrêmement violent et très grave pour lui mais plus on avance dans le film, moins ça devient grave et à la fin sa mère lui dit : Relève la tête, ma puce. Finalement ce n'est jamais qu'un sport. Ça, c'est la première chronologie. La seconde est basée sur Béa Diallo le boxeur qui va gagner et qu'on appréhende - avant le combat - pendant sa préparation, lorsqu'il fait sa sophrologie, va au bois, à la pesée, puis arrive au vestiaire. Il y a une montée en puissance par rapport à ça. Puis les deux boxeurs rejoignent le ring pour le combat. Et on termine sur Béa Diallo qui sort du ring, se fait embrasser par tout le monde. Enfin on retrouve une dernière fois Pascal. Et le tout est rythmé par quelques ralentis, en noir et blanc, qui sont quand c'est dans la tête de Pascal des flash-back et quand c'est dans la tête de Béa des flash-forwards.Alors qu'un combat de boxe est par définition quelque chose de très structuré ( il y a 12 rounds, ils sont minutés, tout est précis), ce qu'il y a dans la tête des boxeurs lorsqu'on leur en parle - alors qu'ils ont cette structure en tête - c'est essentiellement un gigantesque chaos. C'est pour ça que le film fonctionne de manière expressionniste, chaotique au début et qu'ensuite la structure se met en place.

Le monteur son
Devant sa console de mixage, Paul Heymans m'explique : " Le film a été tourné avec une caméra Betacam en son direct stéréo et numérique. Après l'étape du lightwork on a fait une conformation son - l'équivalent du procédé image qui consiste à conformer la pellicule négative d'après la copie de travail - tout en récupérant le son en haute qualité. Ensuite on attaque le montage son proprement dit, c'est-à- dire rajouter à la bande sonore tous les éléments qui peuvent apporter une nouvelle dimension à l'image, que ce soit dans l'émotion, dans l'information ou dans l'impression globale d'une séquence. Il s'agit d'ajouter des effets, des voix, des ambiances ou de la musique éventuellement, tout ce qui peut enrichir la bande son et surtout renforcer l'émotion du film. Le boulot du mixage consistant à offrir quelque chose d'homogène et de cohérent pour l'oreille et les yeux."
On visionne les plans de Béa se préparant physiquement et mentalement avant le combat. Stephan y avait ajouté une voix off (celle de Béa s'expliquant sur son désir de vaincre). A présent, il trouve que ça n'ajoute rien que ça fait "week-end sportif". Après discussion, ils décident d'enlever cette voix off afin de ne pas casser les moments d'intimité, les moments où le boxeur est seul avec lui-même, et d'essayer de la caler dans les moments publics.

Voix off
Il décide de la placer lors de la séquence du parking lorsque Béa, vu de dos se dirige vers l'entrée du Palais, puis est repris face caméra dans le couloir avant d'entrer dans le vestiaire. En faisant sauter un "heu" qui ne véhicule aucune émotion, ça marche ! Reste une voix off que le réalisateur trouve indispensable. " Quand je suis arrivé en Belgique, j'ai fait la connaissance de quelques amis. Comme nous étions des types assez chauds on s'est acheté des gants de boxe. On allait dans les parcs, on se tapait dessus. Six mois après j'étais le premier qui pouvait faire un combat. Je suis arrivé chez moi, j'ai déposé un papier sur la table et j'ai dit : Papa j'ai un match ce soir ! Depuis quand jouez-vous au foot le soir m'a-t-il demandé ? --Non, non c'est un match de boxe et je suis parti en courant. Le soir il est venu au combat. Au début il était très sceptique et puis après deux rounds on demandait qui j'étais. Il disait c'est mon fils. Il était tout fier et j'ai gagné le combat."
Et l'idée lumineuse est de la placer après le combat, sur les images d'effusion des proches du boxeur, père, manager, club des fans. La fierté du père de Béa, par la voix de son fils à la fin du film, devient symétrique de la déception du père de Pascal qui s'exprime au début.

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