Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
05/06/2015
Mots-clés : Cannes, adolescence,
 

Le Lendemain de Magnus Von Horn & A perfect day Fernando Léon de Aranoa à la Quinzaine

D'un drame très sérieux à un autre, très drôle...

Le Lendemain de Magnus Von HornA la Quinzaine, les drames étaient sur les écrans dont Le Lendemain un premier long-métrage suédois de Magnus Von Horn produit par la fameuse Zentropa : l'histoire d'un jeune garçon sorti d'une prison (du moins, on le suppose) pour mineur qui tente de retrouver un quotidien normal. Mais sa présence provoque douleurs et désirs de vengeance. Les tensions montent. Dans un monde terne et froid, de routes et de forêts, de maisons isolées, d'intérieurs lisses et proprets, Von Horn distille les informations au compte gouttes. Les mots sur ce drame antérieur ne seront même jamais dits, John le mimera sur le cou d'une autre jeune fille, dans une scène terrifiante. Mais dès l'ouverture du film, quelque chose de la folie du jeune homme se raconte dans la position de la caméra. Alors que son père est venu le chercher, la caméra reste du côté de John derrière la porte vitrée. Puis elle s'ouvre et John rejoint son père, ils sortent. La caméra, elle, est restée à l'intérieur. À l'intérieur de ce monde qu'il vient de quitter, il a comme laissé une part de lui-même. Porté par un comédien stupéfiant, Ulrik Munther, qui, mutique, silencieux, presque terne, tremblant, sourd d'une tension toujours palpable, toujours prête à jaillir, ce Lendemain réussit de manière assez étonnante à ne pas prendre parti, à voyager presque entièrement dans sa narration du côté de son personnage dont il n'esquive rien. La violence de John est là. Sa folie n'est pas loin. Mais sa faute est passée. Dans de longs plans fixes, les lumières blafardes d'un monde aseptisé, dans des champs-contrechamps dignes de western qui racontent le poids des silences, des non-dits, de l'impossible advenu de la tendresse, Magnus Von Horn suit le long chemin de croix qu'il faudra à John pour être véritablement délivré de sa faute. Il lui faudra prendre les coups, les rendre, pardonner, demander pardon, pour finalement se libérer. Tout en sourdine, ce drame de la faute et du pardon doit beaucoup à son comédien principal, littéralement fascinant, la seule réelle surprise de ce premier long-métrage très maîtrisé.

A perfect day Fernando Léon de AranoaÀ l'opposé, A perfect day devrait être un drame, mais s'avère une étrange comédie signée par l'espagnol Fernando Léon de Aranoa. Sixième long-métrage de ce cinéaste vite qualifié de social, A perfect day adapte au cinéma Dejarse llover, le livre de Paula Farias, la présidente de la section espagnole Médecins Sans Frontières. Situé dans les Balkans en 1995, le film suit pendant 24 heures les périples de deux voitures, l'équipe d'une ONG dans ses missions et ses déboires. Le film s'ouvre sur un puits, filmé depuis le point de vue du mort qui y flotte et que l'équipe en question tente d'extirper. La corde est accrochée autour de son corps, la voiture tire. Mais la corde casse. Il faut donc trouver une autre corde. À partir de là, A perfect day est l'histoire de cette quête improbable : trouver la corde pour sortir le mort du trou avant qu'il ne contamine le puits et rende l'eau imbuvable. Avec un casting de choc, Benicio del Toro en chef de troupe, Tim Robbins en acolyte loufoque et un peu allumé, Mélanie Thierry dans le rôle de la française de service, naïve mais butée, Olga Kurylenko en insupportable administrative tatillonne parce qu'ex amoureuse éconduite et enfin Fedja Stukan en interprète las et lassé, Aranoa tire une comédie loufoque qui raconte la guerre par le menu, non pas dans ses exactions terrifiantes, mais dans son quotidien le plus violent, le plus absurde. Dans ces paysages montagneux et désertiques, les voitures font des allers-retours pour trouver cette corde et toutes les situations se compliquent d'un rien. La violence de la guerre, Aranoa la laisse le plus souvent en tension, ou hors champ, en suspension dans les possibles comme les deux pieds suspendus d'un cadavre, flous dans la profondeur de champ ou dans les hommes au loin qu'on fait descendre d'un bus sous la menace d'une mitraillette. Mais il en filme toutes les conséquences, les menaces, le désastre à travers le voyage de cette petite troupe qu'il ne quitte pas. Et il évite d'esthétiser son film en calant sa palette sur la poussière des chemins. Burlesque, dans un esprit très balkanique, le film multiplie les bons mots, s'amuse de situations tragiques parce qu'absurdes, va tambour-battant au son de musique rock, s'aventure du côté des westerns et à travers la grâce d'un enfant recueilli dans la voiture, raconte la destruction, la mort, la désolation de ce pays. Dans une scène fascinante, filmée dans une plongée vertigineuse, les deux voitures s'aventurent au pas dans une ville dévastée, littéralement en cendres. Ce n'est pas tant de cette guerre que l'on rit ici que de la folie et de l'impuissance des hommes, de l'absurde d'un monde qui ne tourne pas du tout rond et où, pour éviter les mines, il faut suivre les femmes qui mènent paître les troupeaux. Ce sont les vaches qui ouvrent donc le chemin. C'est la pluie qui décidera du corps au fond du puits. 

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