Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
04/06/2010
 

Le Maître de Musique de Gérard Corbiau

De la musique avant toute chose
En 1988, Gérard Corbiau réussit un coup d’éclat avec son premier long métrage de fiction : Le Maître de Musique, réconciliant ainsi cinéma d’auteur et cinéma commercial. Plus de 20 ans plus tard, que reste-t-il de ce film belge sélectionné aux Oscars ? La sortie du coffret DVD édité par la RTBF permet de se replonger dans cette oeuvre musicale, devenue depuis, un classique du genre, et de partir à la rencontre de son interprète principal, José van Dam à travers trois portraits.

Le maître de musiqueJosé van Dam vient de fêter son septantième anniversaire, et près de cinquante ans de carrière. Le 21 mai 2010, le baryton-basse belge a fait ses adieux à l’opéra dans un dernier rôle, celui de Don Quichotte de Jules Massenet. Pour l’occasion, la RTBF édite un coffret qui permettra aux aficionados et autres curieux de découvrir différentes facettes de l’artiste à travers son rôle-titre dans Le Maître de musique, mais aussi à travers trois documentaires réalisés par Gérard Corbiau, le premier en 1981 et les deux derniers en 2007.

Alors spécialisé dans les portraits musicaux pour la Radio-Télévision belge, Gérard Corbiau signe, en 1981, José van Dam – Chronique d’une saison (59’). Une question l'anime : « Comment aborder quelqu’un qui chante ? » La réponse du cinéaste est simple, et belle : « Se tenir à distance. Se taire. Regarder. L’écouter chanter ». Dans sa loge, face à son miroir, le chanteur confie au réalisateur qu’il souhaite interrompre sa carrière et se consacrer à la formation de jeunes élèves. Le sujet de l’œuvre de fiction est né, là, devant ce miroir, et leur complicité naissante va déboucher, 7 ans plus tard, sur le long métrage Le Maître de musique. José van Dam y incarne Joachim Dallayrac, célébrité de la scène musicale qui, après avoir tiré sa révérence, enseigne avec exigence, son art à une jeune bourgeoise, Sophie, et un voyou au cœur pur, Jean. Chassés-croisés amoureux entre le Maître et l’élève et entre les deux jeunes gens, rivalité artistique, renoncement et transmission, tels sont les thèmes développés dans le scénario. Mais la véritable héroïne du film, c’est avant tout la musique. Mise en évidence par une approche qui se veut didactique, chaque morceau interprété étant toujours noté sur l’écran (compositeur – titre du morceau), elle est celle qui irrigue les sentiments, alimente l’intrigue, prenant de plus en plus de place au fil du récit. Le film se construit d’ailleurs comme un opéra, avec une scène d’ouverture (les adieux du maître à la scène) et un final tout simplement éblouissants. Certaines afféteries de la mise en scène (façon opéra italien au lyrisme servi à la louche) gâchent un peu le spectacle, spectacle grandement rattrapé par la beauté de la photographie et la rigueur du montage (du côté cette fois de l’opéra allemand). De même, le jeu exaspérant tendance Bardot-sans-le-charme d’Anne Roussel est heureusement contrebalancé par la performance des autres acteurs, notamment celle de l’immense Patrick Bauchau dans le rôle du très méchant prince Scotti qui non seulement sait jouer de sa voix grave et de son regard sombre, mais parvient à faire bouger ses oreilles indépendamment de son visage ! Un délice que l’on peut voir et revoir grâce au DVD et dont on ne se lasse pas. Quant à l’interprétation du héros de l’histoire, José van Dam donne évidemment le meilleur de lui-même dans les parties chantées.

Mais l’aventure Corbiau-van Dam ne s’arrête pas à cette collaboration. C’est une véritable relation d’amitié et de confiance qui s’est établie depuis ce premier documentaire, et qui s’est poursuivie avec le long métrage de fiction. Troisième rencontre devant la caméra en 2007, 25 ans plus tard, même lieu, même miroir. Rien d’étonnant d’ailleurs, le baryton est un fidèle qui reste intimement lié aux gens qu’il aime. Pour preuve, son seul et unique professeur de chant, Frédéric Anspach qui meurt en 1977, et son professeur de piano, qu’il appelle « maman musique » depuis qu’il a 11 ans. Ce deuxième documentaire de 52’, José van Dam, 25 ans après suit l’artiste dans sa ville natale, Bruxelles, chez ses amis, en tournée, dans ses répétitions. Les intervenants ne tarissent pas d’éloges à son sujet, le réalisateur non plus, éloges sans doute, amplement justifiés, mais qui, par l’accumulation, rend ce deuxième portrait un brin hagiographique et auquel on préférera la fraîcheur de celui réalisé en 1981.

Les véritables passionnés d’opéra suivront avec intérêt l’interview faite par Corbiau intitulée ici Le maître de musique se raconte. Le chanteur parle longuement de l’opéra, de ses préférences et de la façon dont il voit les grands personnages qu’il a incarnés tout au long d’une carrière pour le moins remarquable.

commentaires propulsé par Disqus