Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/12/2000
Mots-clés : critique de cinéma,
 

Le mur de Taniparla de Dominique Berger

L'émotion de la révolteLe mur de Taniparla de Dominique Berger
En 1999, Dominique Berger, avec deux autres belges fait partie d'un groupe d'observateurs des Droits de l'homme au Chiapas. Leur point de chute, le petit village de Taniperla, composé à plus de septante pour cent d'indiens Zapatistes, est sous la surveillance permanente de l'armée du gouvernement mexicain. Progressivement Dominique Berger va découvrir la vie de cette communauté paysanne, participant à ses activités, nouant des contacts entre sympathie et volonté d'assumer son statut de témoin privilégié.
Pour mémoire, il filme au jour le jour ces petits riens qui font son quotidien : ces lieux et ces gens qui lui sont étrangers, ses rencontres et ses surprises avec une réalité qu'il croyait connaître, enfin ses conversations avec ses compagnons et des membres de l'EZLN. Face à l'armée mexicaine, il garde ses distances et mesure combien sa présence d'observateur modifie les rapports entre celle-ci et les habitants du village. Les militaires cherchent à donner d'eux-mêmes une image positive qui ne trouve guère d'écho auprès des indiens. Ceux-ci voient dans la présence de l'armée, la manifestation physique de leur oppression et ils en donnent une image symbolique dans une fresque colorée qu'ils peignent pour l'inauguration du futur local du Comité Autonome Zapatiste de Taniperla. Dominique Berger filme les différentes étapes de cette fresque comme autant de moments de l'histoire actuelle des indiens. Du soulèvement zapatiste à cette volonté de lutter contre les forces du néo-libéralisme, il perçoit mieux cette évidence : le droit des indiens à affirmer leur différence en refusant une exploitation économique qui les détruit.
Le jour de l'inauguration, l'armée met le feu aux champs et aux récoltes, envahit le village, détruit la fresque et le local du Comité et embarque Dominique Berger et ses compagnons qui, quelques jours plus tard, seront expulsés à vie du Mexique.
De retour en Belgique, Dominique Berger récupère les images de son séjour à Taniperla grâce à la complicité d'une amie restée sur place. Refusant de jouer la carte de l'information objective, il les monte comme les fragments d'un journal intime, nous entraînant à partager l'évolution de ses sentiments et de ses réflexions jusqu'à cet instant de révolte qui détermine tout son récit. Résolument en lutte, Le mur de Taniperla, en plus de ses qualités de document pris sur le vif, est un vrai moment de cinéma. Dominique Berger privilégie sans cesse la qualité de son regard, évitant les facilités d'un discours explicatif se limitant à dénoncer les agissements du pouvoir national. Ce qui l'intéresse en choisissant ce ton très personnel et en s'impliquant à fond dans son film, c'est de nous faire ressentir au plus profond ce mouvement de bascule où, de simple témoin, il est devenu acteur d'un drame qui a changé radicalement sa façon de voir.
Et il y réussit très bien car nous sommes avec lui quand il nous dit en conclusion de son film que c'est là où l'on vit que l'on peut résister, que c'est en boycottant les aides de la Belgique au gouvernement mexicain que l'on se trouve aux côtés des indiens du Chiapas et que le pouvoir de l'argent étant devenu mondial, notre engagement doit l'être de même.

Le mur de Taniperla
Beta Dig., couleur, 52'
Réal. : Dominique Berger. Image & Son : Dominique Berger assisté par Gautier Limbot. Prod. : Saga Films - CBA - RTBF.

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