Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/10/1998
Mots-clés : critique de cinéma,
 

Le Nain rouge de Yvan Le Moine

"Je passais de ta bouche à ton sexe comme un navire fantôme par les détroits d'une mer morte."

Le Nain rouge de Yvan Le MoineSeul représentant belge à Cannes lors de la dernière Quinzaine des Réalisateurs, c'est avec un humour délicieux et une tendresse des plus fines que Le Nain rouge croque - en noir et blanc - une galerie de personnages mariant Fellini au merveilleux de Michel Tournier, auteur de la nouvelle homonyme dont le film est librement adapté. Dans une froide bibliothèque empreinte de silence, le nain Lucien Lotte (Jean-Yves Thual), employé de l'ombre dans un cabinet d'avocats, rédige à sa manière une énième lettre de divorce à l'adresse de la richissime Comtesse Bendoni (Anita Ekberg) : s'osant poète de l'injure, il règle en douce ses comptes avec le règne méprisant des Grands presque aussi méchants que ridicules. Emboîtant le pas caractéristique du petit bonhomme qui, risée d'un monde névrosé, promène sa solitude et ses frustrations de moqueries mesquines en interrupteurs trop hauts, le conte de fée d'Yvan Lemoine place sur sa route un de ces petits cirques pittoresques qui passionnent le grand enfant. Le temps d'épingler l'un ou l'autre freak et de relativiser l'anormalité. Le temps, surtout, d'une rencontre avec l'autre monde, celui de l'enfance, fait de roulottes et de jeux, d'innocence et de promesses éternelles, de Paradis et d'ange gardien. "J'essaie de vivre comme un grand ! - Pourquoi ? Tu me trouves trop petite ?", et la petite voltigeuse, douce et pure colombe qui le prend pour un des siens, fait découvrir à son Lucien ému, gentillesse, naïveté, spontanéité et affection... Comme un adolescent le cul entre deux chaises, il ne trouve vraiment sa place dans aucun de ces mondes. Pourtant, c'est soudain en petit prince de la littérature érotique qu'il est reçu par la vieille comtesse pulpeuse et saoûle. Quelques séances accrobatiques suffisent au naïf pour s'éprendre follement de la gloussante cantatrice - "formidable putain vicieuse et capricieuse" - et de son palais des mille et une nuits. Ce n'est bien sûr que pour mieux déchanter : le pouvoir érotique de sa plume répare le couple en instance de divorce et rend les époux plus fougueux que jamais. Le coeur brisé, rejeté et trompé une fois de trop, c'est en jouant d'un humour amer et de sifflantes répliques comme des plus belles armes, que le clown vengeur se moquera à son tour de la ménagerie des petits patrons sans vertu et des grandes personnes sans âme... La transcendance du conte de fée joue sur l'altitude, la hauteur, les échasses et les trapèzes, mais c'est une descente aux enfers qui attend une charmante grenouille fourvoyée dans la prairie des boeufs. Avec coups durs et doux. Avec bons coups et sales coups du petit tambour.

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