Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
 

Le Passé d' Asghar Farhadi

Après le beau succès public et critique de l'oscarisé Une Séparation, c'est peu dire qu'Asghar Farhadi était attendu au tournant pour sa première réalisation hors de son Iran natal. C'est en France, dont il ne parle pas la langue, qu'il pose sa caméra, et plus particulièrement à Sevran, en banlieue parisienne, livrant un drame intimiste et réaliste sur fond de décomposition familiale.

   Ahmad (Ali Mostaffa) quitte Téhéran pour Paris afin de finaliser son divorce avec Marie (Bérénice Béjo), quatre ans après leur séparation. Celle-ci s'apprête à se remarier avec Samir (Tahar Rahim) alors que le torchon brûle avec sa fille aînée Lucie (Pauline Burlet). Marie demande à Ahmad de lui parler...

jaquette dvd le passé

Symbole d'un passé déjà lointain mais non digéré, Ahmad devient médiateur au sein d'une famille dont le passé proche est empli d'incompréhensions et de non-dits. Car ce qui intéresse Farhadi, ce n'est pas le passé en tant que tel, mais son influence sur le présent, l'empreinte irrémédiablement laissée et les tensions qu'il occasionne, accentuées par le mensonge et la rancœur. Pour ce faire, il adopte une narration similaire à celle du polar, offrant de nombreux rebondissements et multipliant les points de vue. L'occasion pour le réalisateur de réussir un numéro d'équilibriste, en mettant sur un pied d'égalité des personnages qui se refilent tour à tour la patate chaude de la culpabilité et des responsabilités non-assumées.

Farhadi est un homme de théâtre amoureux de ses personnages et du jeu, et cela se sent. La direction d'ensemble est remarquable, tant chez les enfants que chez les adultes, et les comédiens tiennent le film à bout de bras. Problème, obnubilé par ses acteurs, le réalisateur délaisse une caméra qui semble n'être qu'un accessoire relégué à sa seule fonction mécanique. Elle fixe l'action à travers des cadres d'un classicisme désespérant, Farhadi n'hésitant pas à recourir, par ailleurs, à des procédés qui ne le sont pas moins (indigestion de champ/contrechamp).

Homme de détail, Farhadi en a truffé son film comme lors du très beau plan final. On s'étonne dès lors qu'avec une telle minutie apparaissent de grosses incohérences rédhibitoires à ce niveau telles l'impossible rencontre entre Lucie et Naïma, l'employée de Samir ou l'incompréhensible différence de jeu de cette dernière...

Le Passé laisse ainsi une impression mitigée, celle d'une œuvre de qualité mais inaboutie. La greffe européenne du talentueux cinéaste iranien n'a pas encore prise.

Bonus : Un making-of d'une vingtaine de minutes levant en partie le voile sur les méthodes du cinéaste, notamment concernant les acteurs. On assiste ainsi à plusieurs des exercices d'inspiration théâtrale que le réalisateur impose à ses comédiens, leur demandant, entre autres, d'inventer le passé de leur personnage. On entrevoit également la difficulté pour Farhadi d'un tel tournage à l'aune de la barrière de la langue et du recours systématique à un interprète pour s'adresser à son équipe.

 

Le Passé, DVD edité par Cinéart distribué par Twin Pics.

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