Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
08/01/2009
 

Le Pianiste, de Roman Polanski

Quand le verbe «exécuter» revêt ses deux sens 

Dans la série La Collection de Cinéart, on retrouve certains des titres montrés en salles par ce distributeur qui fait encore exception dans le paysage cinéphilique belge. L'objet DVD présente ce côté ludique tout à fait approprié à l'époque des fêtes de fin d'année, où cadeaux et surprises sont les bienvenus. La Collection, faite pour les bourses moins pleines ou pour celles qui doivent servir à une grande quantité de présents, est en format simple, sans bonus (parfois accompagnée de la bande-annonce), juste le film. Mais quels films ! Celui que j'ai trouvé dans mon casier m'a rappelé combien j'avais été secouée ! La Palme d'Or cannoise de 2002 est un râle contre l'ignominie du nazisme, cette « idéologie » qui a fait douter le monde entier sur la nature humaine. Comment ces êtres, qui se croyaient humains, ont été capables d'avilir et d’humilier avant de les anéantir, des milliers de personnes ! Basé sur l'autobiographie de Wladyslaw Szpilman, qui parut en 1946, Roman Polanski revient, avec Le Pianiste, sur un épisode douloureux de l'extermination des juifs par les Nazis. La Pologne fut envahie par l'armée allemande fin 1939. 

Très rapidement après l'occupation, des ghettos juifs ont été créés dans les grandes villes. Le ghetto de Varsovie, situé en plein centre de la ville, entouré d'un mur d’une hauteur de 3 mètres, constitua la première prison ouverte pour les 380.000 juifs de la capitale qui y furent déportés. Après avoir été obligés de s'identifier en tant que juif, être interdits de prendre le train, les transports en commun et de fréquenter les lieux publics, ils furent chassés de chez eux pour être parqués dans un quartier fermé, d'où l'on ne sortait pas sans craindre la mort.
Polanski a rarement été aussi perfectionniste pour détailler les conditions de création du ghetto, de l'organisation de la vie en son sein, et enfin, du soulèvement suicidaire des derniers juifs restés dans le ghetto, ceux qui n'avaient pas été envoyés dans les camps d'extermination car encore valides. Mais il n'a pas omis de préciser que quelques personnes, non-juives, ont eu la grandeur de risquer leur vie et celle de leur famille pour sauver quelques inconnus ou amis des griffes de l'absurdité.
Une page d'histoire donc, de celle qu'il ne faut pas oublier pour toujours avoir conscience que l'Homme (je ne sais pas si laisser une majuscule) est capable du pire ! Si vous désirez l'offrir ou le regarder avec des enfants, prévenez qu'il s'agit-là d'un cadeau qui fait mal, mais un mal nécessaire pour garder à l'esprit qu'il faut savoir se révolter avant qu'il ne soit trop tard ! Le Pianiste est l'œuvre d'un cinéaste à son apogée, qui, à la septantaine, rend hommage à la mémoire de ses racines.
L'association Les Grignoux avait réalisé un dossier pédagogique pour accompagner le film lors de sa sortie. Il est disponible pour la modique somme de 4,20 € via leur site :
http://www.grignoux.be/dossiers-pedagogiques-145
Dépense qui peut s'avérer salutaire à l'intellectualisation nécessaire d'un film aux événements difficilement supportables.

Cette collection de DVD se vend entre 7 et 9 € dans l'édition Cinéfiles

Le Pianiste, de Roman Polanski, 148'. La Collection de Cinéart. Distr. Twin Pics

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