Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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juin 2008

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05/06/2008
 

Le Prince de ce monde de Manu Gomez

Le Prince de ce monde, de Manu Gomez, compétition européenne, présenté en première mondiale au BIFFF

Pour son premier long métrage uniquement en prise de vue réelle, notre compatriote Manu Gomez a planté sa caméra dans les Ardennes pour conter une histoire très librement inspirée d’un fait réel, qu’on ne peut raconter sans dévoiler la fin du film. Disons simplement qu’un jeune curé (Laurent Lucas) qui s’installe dans la paroisse d’un village isolé, va trouver la campagne moins calme que prévu lorsqu’il se retrouve à la fois sous le charme vénéneux de la baronne des lieux (Lio) et sous la menace d’un culte satanique.

 

 

Quand on interviewe Manu Gomez, on le suivrait au bout du monde tant sa passion et son engagement sont sincères. On n’en est que plus embarrassé lorsqu’on a vu son film au préalable, car on mesure alors le fossé entre les intentions du cinéaste et le résultat. Heureusement, celui-ci prévient d’emblée: “Je sais bien que le film ne plaira pas à tout le monde, on peut venir me dire que c’est de la merde, je ne le prendrai pas mal”. Au moins il est préparé… Car avec toute la bonne volonté du monde et l’envie de soutenir le film de genre en Belgique, on ne peut raisonnablement conseiller Le Prince de ce monde.

Les problèmes commencent avec les acteurs. Si Laurent Lucas (Harry, un ami qui vous veut du bien) parvient à rester convaincant une bonne moitié du film, Lio et Jean-Claude Dreyfus sont irrécupérables dans leur sur-jeu. Tout ici est caricatural, et c’est bien l’intention du réalisateur : “je veux que chaque personnage représente une classe sociale, car le film synthétise les luttes entre elles. C’est le combat des petits contre les grands, même au sein de la religion, avec les petits curés de campagne et les princes de l’Eglise”. Mais de ce propos politique, nulle trace à la vision. Du reste, il ne faut pas blâmer outre mesure les comédiens, car comment défendre certains dialogues et une intrigue complètement trouée ? À ce titre, le montage abuse à l’envi des fondus au noir, créant des ellipses artificielles qui ne masquent pas les problèmes du scénario. Ni les problèmes de cohérence artistique.le prince de ce mondeCar non content de ne pas offrir de véritable scène de sexe ou d’hémoglobine, pour un film consacré à la découverte de la sexualité et au satanisme, Gomez s’empêtre dans un “non-temps” (des voitures anciennes, des meubles modernes, on paye en francs…) qu’il incombe au manque de moyens et au fait que les mentalités n’auraient pas évolué dans nos campagnes depuis l’après-guerre. À vous de voir.

Et ainsi, le film accumule les déjà-vu, les erreurs de débutants (alors que Gomez est fort d’une trentaine de courts), et, surtout, les fautes de goût ! “Je ne me soucie pas d’osciller sans cesse entre la provocation et la parodie”. Une erreur fatale au film : comment s’attacher à des personnages ancrés tant bien que mal dans le réel lorsque leurs ennemis sont un prêtre satanique portant un costume issu de “Flash Gordon” et la coiffure du chanteur M, et un psychiatre bavard tout droit sorti d’une saga de l’été de France 3 et, nous apprend le dossier de presse, membre du fan-club de Gilles de Ray ?!Mais peu importe, finalement, car pour lui, tout l’enjeu du film est dans l’esprit de son personnage : “Les curés ne sont que des êtres humains, or, ils sont supposés ne pas craindre la mort et pratiquer l’abstinence, c’est une situation impossible à vivre”. Mais là encore, difficile de voir la transformation du personnage principal, impossible de croire à son passage du côté obscur.prince de ce mondeÀ ce tableau, il faut encore ajouter une musique, elle aussi, caricaturale, qui sent la série Z et le synthétiseur, alors que le film se veut un “authentique thriller psychologique” et une photo qui donne un atroce rendu vidéo à l’ensemble.

De toute façon, conclut Gomez, “je ne pense pas au public. Je fais le film que j’ai envie de faire, celui qui sort de moi à un moment donné. Ça ne veut pas dire que je méprise le public, mais je ne me soucie pas de ce qu’on va penser du film. Si on me suit, tant mieux, sinon je n’en ferai pas une maladie”.

Il faut reconnaître à Manu Gomez la sincérité et la vitalité de son engagement, mais de ce deuxième effort, dix ans après son premier long, il n’y a tristement rien à sauver, si ce n’est le malaise de voir ainsi traité un “fait réel” dont les protagonistes et victimes sont probablement toujours en vie.

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