Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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décembre 2009

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01/12/2009
 

Le professeur de scénario; roman de Luc Delisse

Le professeur de Scénario

Un truc reposant

C'est ce que semble penser Luc Delisse, écrivain, mais avant tout professeur (de scénario) à la Sorbonne et à l'Ecole supérieure de réalisation audiovisuelle de l'ULB (Esra). Un homme qui sait de quoi il parle, donc. Avec Le professeur de scénario, il poursuit une autobiographie romanesque déjà largement entamée par quatre précédents romans. On entend par là qu'il s'agit d'une histoire écrite à la première personne, que le personnage principal offre beaucoup de similitudes avec l'auteur, mais que, par contre, les événements qui lui arrivent et qu'il relate sont fictifs. Un rapport ambigu donc entre récit et réalité qui se prolonge dans le postulat à la base du roman : si le scénario n'était pas seulement l'écriture d'un film, mais l'art de diriger sa vie ? Si on pouvait utiliser un scénario pour en orienter les méandres, les choses ne se passeraient-elles pas mieux ?

Et voilà donc qu'atterrit, sur les tables de Cinergie, un roman. Alors qu'on a plutôt l'habitude d'y trouver des monographies, des essais, des précis de théorie cinématographique, toutes choses d'un sérieux papal et à haute valeur sémantique ajoutée. Mais un roman, plutôt léger qui plus est. Un livre qui, comme l'écrit l'auteur "n'a rien à "vendre": ni théories, ni idées, ni commentaires. Il existe dans son état de désir et de sensations, comme existent les morsures de l'amour, ou l'odeur des embruns, ou les pointes des danseuses de Degas en contre-plongée : saveur rêche et rapide, qui distrait l'écrivain et son lecteur de tourments plus aigus." Un truc reposant, en somme. À côté, publié dans la foulée, il y a un essai du même auteur : L'Atelier du scénariste. Là, c'est du costaud ! Lequel vais-je emporter à la dérobée ?  Le dilemme est cruel… Allez, c'est dit. Je laisse l'essai, je prends le roman.

Je l'ai lu... jusqu'au bout. Ce n'était pas contraignant. Il est effectivement d'une lecture facile et assez agréable. Mais, malgré le titre, les liens avec le processus narratif et avec le cinéma sont relativement ténus. Effectivement, le personnage défend une théorie selon laquelle depuis qu'il gère sa vie comme s'il en écrivait le scénario, tout va beaucoup mieux pour lui, mais l'illustration qu'il en donne ici manque de piment. Certes, le personnage principal, qui présente de sérieuses similitudes avec l'auteur, est professeur de scénario dans un petit département d'une petite université suisse, mais ce n'est qu'un décor qui situe l'histoire. Le milieu universitaire feutré de la petite Faculté dans laquelle se passe l'intrigue est tranquille, conformiste, mais également propice aux intrigues de couloir et aux petites transgressions qui font le sel du roman.  En bon prof' de scénario, Luc Delisse brosse des personnages truculents qu'il implique dans une histoire policière à ressorts, assez alambiquée. Il sait maintenir son lecteur en haleine en ranimant son intérêt en temps opportun. Mais son héros pourrait tout aussi bien être spécialiste marketing dans une boîte de pub', journaliste économique à l'Echo des charmilles, prof' de math dans un lycée de province, secrétaire parlementaire, croupier dans un casino ou quoi que ce soit d'autre sans que cela change l'histoire de manière fondamentale. L'important est qu'il évolue dans un milieu professionnel clos, propice aux jeux de pouvoirs mesquins et à leurs petits débordements.

Le professeur de scénario est un divertissement sympathique, sans portée philosophique (qu'il ne revendique d'ailleurs aucunement) ni fond particulier. Figurera-t-il en fleuron dans ma bibliothèque ? Ou retournera-t-il à la rédaction de Cinergie, faire le bonheur d'un autre collaborateur en mal de trucs reposants, pendant que j'emporterai subrepticement l'Atelier du scénariste dans la grande poche de mon paletot ? That is the question.  

Le professeur de scénario; roman de Luc Delisse; éditions Les impressions Nouvelles; 279 p; 19€

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