Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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Octobre 2010
05/10/2010
 

Le Revolver aux cheveux rouges de Denise et Frédéric Geilfus - Belfilm

Alors qu’il a travaillé comme directeur photo sur de nombreux films (citons le très beau Si le vent te fait peur d’Emile Degelin ou encore Magritte ou la leçon de choses de Luc de Heusch), Frédéric Geilfus se lance dans une aventure pour le moins rocambolesque avec Le revolver aux cheveux rouges. Nous sommes en 1974, Frédéric a 56 ans. Avec sa femme, Denise, il décide d’adapter un roman de G.K. Chesterton, Manalive (Supervivant) paru en 1938 dans lequel l’auteur prêche un optimisme régénérateur.
Avec son titre en guise d’hommage à André Breton, Le revolver aux cheveux rouges risque d’en étonner plus d’un. L’unique long métrage de Frédéric et Denise Geilfus est édité par la belle et folle association Belfilm qui n’a visiblement pas fini de faire le tour d’une filmographie nationale pour le moins surréaliste.

Eloge de la folie

Le revolver aux cheveux rouges

Mérite t-on la camisole de force parce qu’on se balade dans une voiture rouge en pantalon orange ? Parce qu’on feint de tirer sur quelqu’un qui prétend ne plus avoir envie de vivre ? Parce qu’on voyage avec des valises remplies de ballons multicolores et autres curiosités venues des quatre coins du monde ? Est-on aliéné simplement parce qu’un médecin patibulaire aussi gris que son costume trois pièces a décidé que la vie était une affaire sérieuse ?

Le joyeux « fou » de cette histoire, aux allures aussi improbables que son patronyme, Innocent Smidt, débarque donc un jour dans un château où règne la morosité. Catherine veut en finir avec la vie et vient de louper son troisième suicide. Son mari Arthur, cinéaste raté, semble plus attiré par sa belle-sœur, Anne, un brin psychorigide. Le frère d’Arthur, Michel, tente de résister comme il peut, mais surtout avec l’alcool, à l’emprisonnement du quotidien. C’est dire que lorsque notre bel Innocent atterrit dans le parc comme un ange poussé par l’orage, les choses au château risquent fort de changer, et elles changent d’ailleurs d’un coup, faisant brusquement basculer le film du drame à la comédie, du noir et blanc à la couleur. Avec Innocent, c’est le chaos qui rapplique, un chaos panthéiste qui entraîne les tristes habitants à une fête primitive et colorée dans laquelle, derrière les masques peinturlurés, se cache une nature instinctive joliment transgressive. Mais qui est cet homme venu de nulle part et qui exerce sur eux une étrange fascination ? Un séducteur comme en trouve chez Pasolini, venu pour faire voler en éclats les valeurs tristes et désuètes d’une bourgeoisie rongée par la culpabilité ? Un aimable fantaisiste ayant pour mission d’arracher une famille à l’introspection morose ? Ou bien, comme le pense l’affreux docteur Warner, médecin rabat joie et psychiatre à la triste figure, un serial killer focalisé sur les rouquines ? En bref Innocent est-il innocent et l'habit fait-il le moine ?

Le doute s'installe en entendant le sifflement répété de l'étrange énergumène, clin d’œil amusant à M le Maudit et son funèbre leitmotiv. La référence au chef-d'œuvre de Fritz Lang ne s’arrête pas là, puisque Innocent, comme l’horrible M, devra lui aussi subir une parodie de procès, enfermé derrière les barreaux… d’une chaise !

Avec son jeu de références, ses introductions métafilmiques, ces passages brusques du noir et blanc à la couleur, ses exubérances assumées, le film intenable du couple Geilfus épouse à merveille l’idée qui anime son scénario, celle de sortir du cadre habituel pour retrouver le merveilleux de l’ordinaire. Si l’on regrette un peu le manque d’ambiguïté de Pierre Vernier qui incarne un Innocent un peu trop monolithique, Le revolver aux cheveux rouges reste un beau manifeste anti-psychanalytique contre ceux qui condamnent la spontanéité, l’exubérance et la bonne humeur. Une grande bouffée d’oxygène fantaisiste et baroque, parfois même un peu potache que le prégénérique magrittien animé de Gérald Frydman vient joyeusement introduire.

Bonus

Sculpture de Frédéric Geilfus – 18’ - 1963

Ce petit court métrage qui pourrait s’intituler La sculpture pour les nuls est un documentaire didactique en noir et blanc en guise d'introduction à cet art. Il part des matières (bois, plâtre, marbre, bronze, terre etc.) pour montrer les différentes techniques d’utilisation imposée par les matériaux. Suivent alors les variations de formes au cours du temps.

Histoire de la sculpture autant qu’histoire par la sculpture, Frédéric Geilfus tourne autour de Bourdelle, Brancusi, Giacometti, Rodin, Moore, Picasso, Maillol, Minne, Wouters et bien d’autres.

Sa conclusion en 1963 ? « Désormais, la sculpture moderne s'affiche avec une vitalité agressive. Ce n’est pas au prix d’une sage prudence qu’elle peut survivre aujourd’hui. » Au regard des œuvres de Frantz Absalon, Frank Stella, en passant par Anselm Kiefer ou Jan Fabre, on ne peut que lui donner raison.

Sculpture aujourd’hui de Frédéric Geilfus

Ce deuxième volet sur la sculpture s’intéresse à la sculpture contemporaine, contemporaine à 1965, date du film. L’idée directrice est de filmer chaque œuvre avec, pour commentaire, les citations des sculpteurs. Frédéric Geilfus a choisi de ne jamais indiquer les noms de ces sculpteurs célèbres qui s’adressent pour la plupart à la première personne, ce qui, d’un côté permet d’apprécier les formes montrées sans a priori mais qui, de l’autre, rend sans doute le documentaire moins didactique pour les non initiés.

Le Revolver aux cheveux rouges de Denise et Frédéric Geilfus - 81’ – 1974

Avec : Pierre Vernier, André Debaar, Fernand Abel, Jo Rensonnet…

Images : Edouard Van der Enden – Montage : Gust Verschueren – Musique : Armand Seggian.

Production : Cine Vog films, René Thevenet P.I.P.

DVD disponible sur www.belfilm.be

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