Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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Décembre 2003
01/12/2003
 

Le Tango des Rashevski de Sam Garbarski

Comment peut-on être juif ?

A la mort de la grand-mère Rosa, tous les membres de la famille Rashevski se retrouvent soudainement plongés dans une crise identitaire qui les bouleverse et les oppose. C'est que Rosa qui détestait la religion et les rabbins, a réservé un emplacement dans le carré juif du cimetière. Et la question se pose : faut-il l'enterrer religieusement ou non ? Et tous de prendre parti dans ce qui oppose tradition et religion, découvrant presque malgré eux que derrière cette apparente contradiction, c'est toute la reconnaissance d'une communauté, c'est tout ce qui crée un lien qui pose problème.


Extrait de

Véritable révélateur de ce qui se cache derrière une identité commune, l'enterrement de Rosa amène les Rashevski à devoir se redéfinir par rapport à cette question si simple en apparence : c'est quoi être juif ?
Et chacun de se trouver malmené par ce souci de la définition, s'empêtrant jusqu'à l'absurde dans ces problèmes d'appartenance, prenant progressivement conscience que les aspects religieux et culturels s'excluant les uns les autres, une réponse unique est de l'ordre de l'impossible.

De la tradition humaniste incarnée par le grand-oncle Dolfo au métissage culturel symbolisé par le mariage de Ric, le plus jeune des enfants, avec une jeune fille musulmane, en passant par l'orthodoxie de Nina, la petite fille, et la conversion de son mari Antoine, Le Tango des Rashevski, premier long métrage de Sam Garbarski, s'attache à suivre sur le mode de la comédie réaliste les différentes réponses que vont trouver les Rashevski à leur problème d'identité. Jouant avec dérision des contradictions, poussant jusqu'au non-sens certaines situations, Sam Garbarski développe la complexité des points de vue de chacun de ses personnages. Mélangeant les partis pris extrêmes avec un grand souci de tolérance et d'ouverture, s'intéressant à la diversité des solutions intermédiaires, le réalisateur donne vie à une véritable galerie de caractères qui chacun à sa manière donne une réponse individuelle et personnelle à l'interrogation communautaire.

Et c'est certainement la qualité première de ce Tango des Rashevski, d'avoir su avec humour et sensibilité faire vivre une collectivité dans ce qu'elle a de plus paradoxal et de plus singulier. Il y a chez Sam Garbarski une façon de laver le linge sale en famille pour mieux le mettre sur la place publique qui touche et réconforte. Sa volonté d'aller sans
complaisance et sans fausse pudeur jusqu'aux racines de ses questions, jusqu'à toucher ces zones d'ombres où la douleur se tient tapie, trouve souvent le chemin de l'émotion.

Pourtant ce qui au point de départ fait la qualité du film, le dessert à la longue. Car à trop vouloir nous montrer l'éventail des possibles, Le Tango des Rashevski glisse vers le démonstratif, laissant voir par moments la couture de ses bonnes intentions. Alors la comédie perd de sa légèreté et les personnages de leur vraisemblance, alors le propos se ressert sur le discours, même plein d'humour, d'une collectivité et n'atteint plus
l'universel. Ce premier film attachant mais par trop volontariste a les limites de ses audaces et si la pensée iconoclaste de Sam Garbarski c'est danser le tango quand il faut vivre l'inacceptable a quelque chose de tonique, on ne peut s'empêcher d'avoir envie avec Marcel Mariën de lui murmurer à l'oreille qu'on n'est jamais assez rien du tout.


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