Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/04/2001
Mots-clés : critique de cinéma,
 

Le Tour du monde à 3000 mètres d'altitude

 "Ne regarde jamais en bas!", entend-on souvent conseiller aux funambules et fildeféristes battus par les vents, tout là-haut sur leur minuscule plate-forme, perchés au sommet d'un si frêle roseau ! Agrippé à un long balancier dont les passereaux feront volontiers leur lit, le petit bonhomme de Christian Heymans (Thirsty Bill, 1998) a plutôt l'air d'un potache endormi lorsqu'il salue, fend son premier cumulus et marche vers l'exploit : du point A au même point A, réaliser le tour du monde en équilibre sur un fil rouge, en profitant du recul pour faire - mais malgré lui - le topo des activités majeures et mineures de la planète et de ses habitants. Fusées et missiles se croisent en sifflant tandis que sur les cimes des montagnes, sous la très haute protection de virils possessifs, se pâment quelques filles en bikini. Le message n'est pas clair ?
Le prix de la RTBF du dernier Festival du dessin animé et du film d'animation feint seulement de suivre le chemin qui lui semblait tout tracé : si elles n'évitent pas les clichés, les péripéties, anicroches le plus souvent décousues, nous passent par-dessus la tête. Le film ne fait pas plus trembler de peur qu'il ne fait rire aux éclats, mais il étonne doucement par son montage aux ellipses audacieuses, moins classiques qu'il y paraît d'abord, et finit par interroger en refusant jusqu'au bout au spectateur sceptique l'image potentiellement rassurante de la foule, 3000 mètres plus bas, saluant le retour du vainqueur d'une même clameur confuse. Voilà : la boucle bouclée sans faire de nous davantage qu'une voix invisible, perdue... À moins d'y voir tout un art de la provocation et de la présence dans l'absence !

3000 mètres d'altitude
16 mm, couleur, 8'14
Scénario et réalisation : Christian Heymans - Atelier de production de La Cambre asbl avec l'aide de la Communauté française de Belgique.

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