Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/03/2003
Mots-clés : tournage,
 

Les batailles de l'Or Vert

Nous sommes dans le cabinet du Docteur Méan à Bruxelles. Une mère avance avec son bébé vers le bureau. On simule une consultation où la méthode thérapeutique s'éloigne de la médecine conventionnelle. Tous les trois sont à l'aise comme si participer à la réalisation d'un film était la plus quotidienne des expériences. Pendant que le médecin explique les avantages de la phytothérapie, le réalisateur travaille en équipe légère avec un cameraman et un preneur de son. Dominique Méan parle des bienfaits que procurent les soins par les plantes, une médecine différente bien que très ancienne. Par son langage didactique, pas ennuyeux, quasi engagé, elle est en pleine résonance avec le sujet du documentaire. Le réalisateur du film n'est autre que Basile Sallustio que l'on connaît notamment grâce à L'Histoire de Pia, et qui capte la séquence avec attention.
Les batailles de l'or vert est un documentaire sur la phytothérapie qui se divise en trois épisodes de 52 minutes, il a été proposé au réalisateur par France 5. Il développe le sujet des limites de la médecine traditionnelle et du rôle joué par la médecine et par les plantes. A qui peut-on faire confiance : à une tradition ancienne ou aux intérêts croissants de plusieurs fabricants de médicaments ? Les trois épisodes dépassent la simple approche pédagogique et plongent dans un contexte socio-économique plus complexe.
Depuis toujours l'Homme a trouvé dans les plantes des sources de guérison. Le premier épisode est une introduction historique qui essaye de comprendre comment les hommes se sont intéressés aux plantes pour pouvoir guérir certaines maladies. Le deuxième va plus loin dans son analyse : « C'est sur tout ce qui tourne autour du monde végétal, aussi bien économique que social.  On a voulu confronter les deux méthodes pour soigner les gens, comprendre les avantage et surtout les limites. À côté de l'incapacité de la médecine moderne et chimique de soigner plusieurs maladies, on voulait découvrir les possibilités offertes par le monde végétal et ce qu'elles sont. On a rencontré beaucoup de gens qui travaillent dans le domaine et qui ont des choses à nous offrir. » Le contraste entre les deux mondes est évident, mais le point le plus délicat dans ce deuxième épisode est le conflit d'intérêts. Basile est très direct : « Des grosses firmes pharmaceutiques qui détiennent le marché du médicament voient d'un très mauvais oeil que l'on puisse soigner une dépression avec autre chose que le Prozac. Il ne fait pas plaisir aux firmes pharmaceutiques de comprendre qu'elles vont perdre une partie importante du marché. » Pour le troisième chapitre on nous a réservé la question des échanges nord-sud, sud-nord et sud-sud. « Est-ce que le nord sera un jour capable d'accepter avec toute son humilité de prendre les choses du sud sans les spolier ? Il me semble important de reconnaître que le sud peut mettre à disposition des choses qui fonctionnent très bien pour les maladies très graves, sans que ça coûte cher et sans provoquer des effets secondaires. »
Depuis 2001, le réalisateur a parcouru presque le monde entier. Au Pérou, en Chine, en Equateur, au Vietnam, en Tanzanie, au Sénégal et plusieurs endroits en Europe, l'équipe de Basile Sallustio a amassé beaucoup de matériel « et des preuves (s'il le fallait) » que les gens se soignent avec des plantes. Les trois épisodes développent le sentiment qu'il faut peut-être retourner vers un patrimoine végétal guérissant, non reconnu par une majorité. Basile, qui avait déjà tourné dans les années 80 deux documentaires sur les plantes et les guérisseurs, était content de revenir sur ce sujet. C'est une conséquence logique dans sa carrière ? « C'est logique que je le fasse par rapport à mon passé dans le domaine... Sinon, il n'y a pas de logique dans rien, il n'y a qu'une succession de probabilités incertaines que les choses se passent comme on le voudrait. »
Le documentaire s'achèvera au Portugal en juillet prochain. Ensuite, Basile réalisera un autre documentaire sur les plantes avant de plonger dans un projet plus personnel sur le fascisme. « Je crois que les Italiens n'ont pas encore réglé cette histoire avec leur passé. »À partir de l'histoire de son père, récemment décédé, il nous proposera une réflexion sur cette idéologie très particulière dans le contexte des dictatures du vingtième siècle. On espère qu'aucune probabilité incertaine ne l'empêchera d'avancer vers ce « projet d'auteur », pas documentaire, mais certainement didactique.

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