Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
 

Les chevaux de Dieu de Nabil Ayouch

Les chevaux de Dieu ouvrent les portes du Paradis

Le Paradis est-il une notion désuète aux yeux des esprits éclairés, intellectuels instruits dans les philosophies du savoir, rompus aux exercices de la logique, pour qui la foi est synonyme d'obscurantisme ? Le paradis représente pourtant, pour beaucoup, l'unique espoir de rendre la vie sur terre acceptable, de ne pas perdre la raison de vivre face à l'humiliation, l'injustice et la misère. Le paradis est peut-être ce qui reste encore comme lueur d'humanité dans le regard abattu de ceux qui sont réduits à vivre comme des fourmis. Ceux qui vivent cachés, enfouis dans les bidonvilles de l'opulence, les renégats du Welfare State. 

scène du filmAdapté du roman de Mahi Binedine, Les Etoiles de Sidi Moumen, le film de Nabil Ayouch retrace le destin de jeunes kamikazes qui se sont fait exploser dans divers lieux culturels et récréatifs de Casablanca en 2003. Ce bidonville, Sidi Moumen, est précisément l’endroit de tournage choisi par le réalisateur en 1999 pour Ali Zaoua. Interloqué d'apprendre que ces jeunes, qu'il avait peut-être rencontrés, d'apparence aussi paisibles, aient pu commettre cet acte extrême, Nabil Ayouch a cherché à comprendre l'origine de ces suicides et dénoncer le terreau d'injustices qui engendre la haine.

Avec Les Chevaux de Dieu, Nabil Ayouch fait preuve d'une énorme maîtrise dans l'art du récit cinématographique, d'une intelligence et d’une générosité qu'on lui connaissait, mais qu'il réaffirme ici avec simplicité et pureté. Des cadres serrés, ajustés aux êtres qui parviennent à les magnifier malgré la violence de leur vie et de leurs actes. Une fiction dans laquelle tous les ingrédients du film grand public se retrouvent, et où suspens et émotions se côtoient. Et c'est bien là que réside la prouesse du réalisateur, donner une forme accessible à l'incompréhensible, tout en ne tombant jamais dans le piège de la dichotomie. Au-delà de tout manichéisme, Nabil Ayouch ne s'empêtre pas dans le flou de la justification. Le point de vue du réalisateur, nuancé, se teinte des accusations qu'il porte contre des systèmes établis pour broyer les être humains, bien qu'il ne justifie en rien ni les décisions ni les actes de ceux-ci. On ne devient pas kamikaze pour obtenir 70 vierges au paradis, mais on peut le devenir quand on n’a plus rien à prouver au monde, ce monde qui s'en fout et nie votre existence.
Avec ce film, Nabil Ayouch ajoute une perle à son chapelet qu'il façonne depuis
Maktoub, Lola ou Ali Zaoua : sonder cette réalité qui le touche bien qu'il en soit éloigné, un peu, juste le petit pas de côté, le demi-mètre qui rend le regard critique. Celui qui n'a pas besoin de se justifier puisqu'il ne prétend pas être un miroir, mais une vision propre.

De père marocain musulman et de mère tunisienne juive, il a grandi dans la banlieue parisienne avant de partager sa vie entre le Maroc et la France. C'est le Maroc et ses habitants qu'il a cherché à montrer dans son travail de cinéaste, ce qui l'a choqué, heurté ou séduit de cette réalité dans laquelle il s'est inscrit et investi en tant que réalisateur, bien entendu, mais aussi producteur.  

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