Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
Mots-clés : court métrage, Liège,
 

Les Éclaireurs de Benjamin Nuel

Scout un jour, scout toujours !
 

Vendredi 24 avril, 9e édition du Festival du Film Policier de Liège en compagnie d’Olivier Clinckart (Moustique) et Nicolas Hainaut (Culture). Grande première pour cette fine équipe qui constituait le Jury de la Critique (né de l'association entre l'UPCB et l'UCC) pendant la soirée de La Nuit sera Courts. Bien reçus comme d'habitude, les bulles coulaient à flots. Pétillants, on s'aventure dans la salle pour assister à la projection de huit courts métrages policiers. En scrounchant notre popcorn, bien installés, on découvre la sélection qui, faut-il le dire, était quelque peu inégale…

Alors que le jury de La Nuit sera Courts, présidé par la très sympathique Isabelle de Hertogh, a opté pour Vos Violences d'Antoine Raimbault (à noter la prestation bluffante de la jeune Nina Mélo), notre choix s'est tourné vers le film du Français Benjamin Nuel, Les Éclaireurs. Le film a fait l'unanimité au sein de notre trio pour son côté décalé, original, plutôt drôle et pour sa vertu "madeleine de Proust".

Diplômé des Arts Décoratifs de Strasbourg, Benjamin Nuel poursuit sa formation au Fresnoy où il est séduit par l'univers du jeu vidéo, médium qui va fortement influencer ses créations ultérieures comme Hotel. Avec Les Éclaireurs, il revient au cinéma et à la fiction pour relater les retrouvailles d'une bande d'anciens scouts qui résolvaient autrefois des enquêtes plus que périlleuses. Court-métrage adapté d'une idée de long, Les Éclaireurs est également né d'une demande de Christophe Taudière, directeur du département court-métrage à France 2, qui cherchait de nouveaux films à soutenir.

Après un générique en mode Wes Anderson (à la française), deux mecs sont posés dans un resto asiat : un intello coincé (Arnaud Fleurent Didier, qui fait également la musique du film) et un autre qui vient de quitter son job (Olivier Desautel). Ils sont rejoints par Stéphanie (Anne Steffens), gradée du GIGN (Groupe d'Intervention Gendarmerie Nationale). Ils commandent, picolent, refont le monde et se remémorent les souvenirs d'antan. Ils évoquent leur chien, fidèle compagnon de leurs folles épopées. Notamment celle où ils étaient aux prises avec un ninja féroce…

Benjamin Nuel met en scène des personnages qui ne font pas rêver outre mesure, des trentenaires passe-partout (sauf peut-être Stéphanie qui a suivi la voie du samouraï de sa jeunesse…), mais ces quidams ont connu leur heure de gloire, plusieurs années auparavant. Super stars aujourd'hui déchues qui faisaient autrefois la Une, le visage plaqué sur les mugs et les tee-shirts. Comment gérer l'après starification ? Thème pas tout à fait anodin ces derniers temps… L'idée de choisir des boy-scouts comme stars d'un jour, c'est pop. Difficile de se contenter du rien, du banal quand on a connu les paillettes. Triste constat, reflet d'un vide existentiel que ces personnages tentent tant bien que mal de combler.

Il est vrai qu'inscrire le film de Benjamin Nuel dans une sélection de courts-métrages policiers ne coulait pas de source. Mais si on creuse un peu, on pense aux séries de l'époque mettant en scène une bande d'enquêteurs en herbe : Le club des cinq, La patrouille des castors, Scoubi-doo-bidoo. La réminiscence fait son petit effet. Sans compter sur l'univers suintant le kitsch de Benjamin Nuel. Il aurait pu y aller franco. On n'aurait presque voulu voir le sang gicler en mode Szifrón ou autre gai luron… Mais l'originalité a quand même pointé le bout de son nez et nous, on a aimé.

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