Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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juillet-août 2008

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08/07/2008
Mots-clés : sortie en DVD,
 

Les Fourmis Rouges de Stephan Carpiaux

Les Fourmis Rouges de Stephan Carpiaux
Diplômé en photo et en réalisation à l’IAD, Stephan Carpiaux a derrière lui une belle carrière dans le domaine du court-métrage, comme scénariste et réalisateur. Les Fourmis rouges, sa première incursion dans le domaine du long à 42 ans, est une réalisation marquée par la forte présence de Deborah François. La jeune liégeoise est de tous les plans. On ne voit qu’elle avec sa chevelure rousse, sa peau de lait et sa petite moue butée. La caméra virevolte autour d’elle, prend du champ, puis lui colle à la peau, et elle, pendant ce temps, fait sa Rosetta
Même courage indomptable, même obstination pour atteindre l’objectif qu’elle s’est fixé, même surdité envers tout ce qui pourrait l’en empêcher, même douleur d’abandon, et, au fond d’elle-même, la rage contre l’injustice de la vie. Elle incarne Alex, une gamine de quinze ans qui vit avec son père, garagiste, dans un petit village des Ardennes.
Obsédée par l’idée de préserver son père du malheur et de le sortir de l’ornière où le drame l'a laissé, Alex est prête à tout : voler, travailler comme garde-malade d’une vieille femme acariâtre et tyrannique, accepter pour quelques billets de montrer son corps à des camarades de classe, à de vieux photographes libidineux.… jusqu’à provoquer son père dans les robes de sa mère morte, faisant naître davantage encore de trouble et de confusion dans l’esprit de Franck. Alex va son chemin avec le visage fermé, le regard dur de ceux qui iront quoi qu’il en coûte, jusqu’au bout de leur égarement. Et comme Rosetta, elle trouvera son Riquet pour l’aider à passer au delà de son aveuglement et se remettre en prise avec son humanité: Hector, aussi écorché et perdu qu’elle dans le sacrifice et l’oubli de soi.

 Depuis la mort de sa femme dans un accident de voiture, Franck laisse tout aller à vau l’eau, se partageant entre de rares périodes de révolte où il s’en prend aux arbres qui bordent la route, et des phases d’abattement où il mêle la culpabilité au désespoir. Il s'étiole, négligeant sa vie, son garage où les factures s’accumulent, et sa fille qui pousse comme une herbe folle.

Beau personnage fort, thème intéressant. Hélas, Stephan Carpiaux qui habituellement excelle à rendre le non dit et donne à lire les émotions profondes sur le visage de ses comédiens, peine à inscrire sa démarche dans le long-métrage. Le choix d'un tempo lent et d'un montage relâché reflète sans doute cette volonté, mais le film s’alanguit et se perd dans le mélo sirupeux qu’il fallait à tout prix éviter. Le cinéaste a beau faire preuve d'un indéniable talent dans la composition des plans, le placement de la caméra, la recherche des axes et de la distance adéquate; Philippe Guilbert a beau signer une superbe photo; la somptueuse nature luxembourgeoise, omniprésente, a beau souligner les émotions et les sentiments, cette esthétique tourne à vide. L'oeuvre, alourdie par un symbolisme inutilement psychologisant, s'enlise petit à petit au milieu de nulle part.

Le DVD édité par Melimedia propose une restitution fidèle mais qui ne rend pas toujours justice à la luminosité de la photo de Philippe Guilbert, notamment parce que la digitalisation peine encore à restituer les nuances des basses lumières. Le film est proposé en seule version française, sans sous-titres anglais ou néerlandais, mais en Dolby 2.0 ou 5.1, à choisir en fonction du matériel dont on dispose. En bonus, un making-of assez court mais instructif de Frédéric Bal, et deux des court-métrages primés de Stephan Carpiaux qui, dans des styles différents, permettent d'admirer toute la maîtrise narrative du court-métragiste. Week-end, a obtenu le grand prix Media 10/10 en 1990 et le prix du scénario au festival de Bruxelles en 1991. Tempus Fugit a remporté le prix "télécinéma" de la RTBF au festival Media 10/10 en 1998.

 

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