Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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Avril 2012
 

Les Géants de Bouli Lanners

Voyage au pays de Bouli

Agrave; moins d'avoir gelé au cœur de l'Antarctique pendant les neuf derniers mois, est-il possible de ne pas connaître Les Géants, le troisième long métrage de Bouli Lanners ? Primé, entre autres, à la Quinzaine des réalisateurs, au Festival du film francophone de Namur et tout récemment aux Magritte, il a rebondi sur les grands écrans où la superbe photo de Jean-Paul De Zaeytijd est particulièrement bien mise en valeur. Un succès critique sans démenti, et une très honnête carrière en salles complètent cette belle réussite du cinéma belge francophone en 2011.

C'est une consécration pour le travail du réalisateur, dont la reconnaissance grandit film après film. Bouli n’a pas son pareil pour imprégner ses œuvres de son regard, son rythme, sa musique personnelle, qui touchent infiniment. Ici, plus que l’histoire improbable de ces trois gamins abandonnés au cœur de l’été à l’âge des bêtises, et livrés à tous les ogres et méchants loups d’un monde impitoyable, on retient l’incroyable naturel des jeunes comédiens et la nature immense, déclinée en images somptueuses. Ah les champs de maïs en plein soleil, les ciels chargés, la rivière sous la pluie, le vert des mousses et du cresson dans l’eau, le tout habité par la bande son lo-fi de Bony King Of Nowhere. Les Géants, c’est aussi le chemin vers l’âge adulte de ces ados en perte d’innocence, dans un monde aux frontières du rêve, vaguement effrayant, où les méchants sont vraiment méchants et les gentils… évanescents. Et à la fin, quand il faut reprendre contact avec le monde réel, on se rend compte à quel point le film nous a fait voyager loin dans un univers mental singulier et étrangement familier (lisez la critique d'Anne Feuillère dans notre numéro 164).

La version double DVD que nous propose O’Brother est faite pour nous aider à partager cet univers. À côté du film, elle nous propose le tout récent documentaire consacré à Bouli par son copain Benoît Mariage. On The Road Again, le cinéma de Bouli Lanners (voir critique dans notre numéro 167) est un film tout en complicité, qui dresse un portrait errant et fragmenté, mais extrêmement précis du comédien et réalisateur liégeois. Figurant sur le second DVD, il est suivi d’une interview de Bouli par notre confrère du Vif, Louis Danvers. Le montage est dynamique, en courtes séquences séparées par des intertitres avec une sélection de photos tirées du film en coupe du visage de l’interviewé. Les propos sont ramassés au maximum mais intéressants, et on aimerait que certaines séquences soient plus développées. On y apprend comment le film s’est construit au départ de l’envie de Bouli de tourner avec des ados, comment s’est fait le casting de ce jeune trio, quelle est l’origine de ce titre intrigant, comment le regard de Bouli sur le monde imprègne le film, son goût pour le cinéma où le narratif et le visuel se complètent, son envie de travail artisanal, à l’ancienne (tournage en argentique, pas d’effets spéciaux), et bien d’autres choses encore (comment il a appris en observant ce qui se passait sur un plateau pendant sa carrière d’acteur).

En supplément du film, sur le premier DVD, on trouve un Making Of sympathique réalisé par les trois jeunes comédiens du film. Munis d’une petite caméra vidéo, ils se rendent un peu partout sur le tournage, filment les moments de détente comme les préparations, interpellent les techniciens et les acteurs etc. Le tout, repris et remonté, donne un reportage sur le film au ton frais et insouciant et restitue une bonne image de l’ambiance décontractée, mais concentrée des tournages de Bouli. Style différent, l’autre Making Ofest une courte (3’06") suite d’images du tournage mises bout à bout, une rapide succession de bons moments et une autre vision subjective de l’ambiance générale du tournage. Un clip de Bony King Of Nowhere, le trailercinéma et des bandes-annonces d’autres films du distributeur complètent les bonus.

Le film est proposé en version française, son Dolby5.1, avec sous-titres anglais et néerlandais.

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