Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/12/1998
Mots-clés : critique de cinéma,
 

Les gens pressés sont déjà morts de Thomas de Thier

La gravité du sablier
Quand on voyage, c'est comme cela, on fait des rencontres, on partage des instants, on noue des amitiés, on fait des promesses.

Les gens pressés sont déjà mortsEt puis de retour chez soi, comme tout cela paraît loin parfois. C'est ainsi que Thomas reçoit une lettre de son ami Ali lui rappelant l'engagement, pris dans de telles circonstances, de venir filmer son mariage au fin fond du désert marocain. Et voilà notre Thomas bien embêté sur les pistes sablonneuses, assailli de doutes sur le sens de sa présence là-bas. Et quand sa voiture de location finit par tomber en panne, le laissant seul au milieu du désert, sans aucune chance d'encore arriver à temps pour ledit mariage, le comble de l'absurde semble être atteint. Mais sa rencontre avec un jeune habitant du désert va lui permettre d'ouvrir petit à petit les portes d'un monde où les choses et les valeurs ont un sens tout autre que celui que nous leur donnons.

Le Petit Prince
Les Gens pressés sont déjà morts du Carolo Thomas de Thier est généralement classé au rayon documentaire, et l'on se demande bien pourquoi. Qui évoque ce genre parle en effet de films ayant avec une réalité objective un rapport de franchise assez brute. On en est loin dans cette fable ludique où le désert marocain sert de toile de fond à une réflexion malicieuse sur le temps. Relativisme et sens du temps qui passe sont en effet le véritable sujet du film, abordé de manière très originale sous la forme d'une lettre du cinéaste à une jeune fille (enfant ? soeur ? amie ?) restée au pays. Le procédé permet à l'auteur d'intégrer l'histoire de Thomas, avec son mélange d'onirisme et de réalité, au monde imaginaire créé par les jeux des enfants à travers un conte raconté par la jeune fille à deux de ses amis. Ici et là-bas, réalité, rêve et symbole s'entremêlent ainsi joyeusement pour créer une atmosphère aux limites du rêve, propice à communiquer l'idée force : le temps qui, dans notre univers pressé, est devenu l'une des denrées les plus précieuses, est un maître impitoyable pour qui se laisse asservir. Nous perdons notre vie à essayer de la gagner sur le temps. Ailleurs, où il compte différemment, il est le révélateur majestueux de valeurs humaines autrement profondes.

Théodore Monod
Le désert était à l'évidence le lieu le mieux approprié au travail du cinéaste. C'est là que s'accumule par milliards de tonnes ce sable, depuis toujours symbole du temps qui passe (Thomas de Thier rythme les jours par des inscriptions sur le sable du désert). C'est là que notre monde peut rejoindre d'un coup de baguette magique des époques antédiluviennes (l'ami avec lequel Thomas traversera finalement le désert est en fait un chercheur de ces fossiles que le vent découvre en déplaçant les dunes). C'est là enfin que le climat force choses et gens à vivre au rythme ralenti de la chaleur et du manque d'eau dans une qualité de silence tout à fait particulière. Et au bout de cette quête de soi-même que permet un tel voyage, on entre dans un autre monde. Tous ceux qui ont eu un jour le privilège de s'enfoncer dans le désert au pas lent des chameaux (ou qui ont eu la chance de goûter Théodore Monod) ont éprouvé les sensations que Thomas de Thier rend très finement de son regard pétillant de malice, laissant s'exprimer sans gêne sa part d'enfance et permettant à la nôtre de lui répondre en écho.

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