Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
07/01/2010
 

Les Iles se rejoignent sous la mer de Litsa Boudalika

Portrait musical d'une poétesse de l'exil

 

Dans une enveloppe brune administrative de récupération, pliée et repliée sur elle-même, scellée avec du gros papier collant, un étrange objet sauvé du temps. Il s'agit d'un DVD, support on ne peut plus contemporain, sur lequel est gravé un film, à peine achevé. Le déballage en est épique, et fait penser à ces paquets d'antan, pour lesquels on utilisait quantité de papier pour s'assurer de sa résistance face aux brusqueries postales. Dans les doigts, des gestes d'un autre temps que Litsa Boudalika a faits en sens inverse. Elle pensait envoyer le DVD, mais préféra faire un crochet, et venir le déposer personnellement dans la boîte aux lettres. C'est que Litsa Boudalika, réalisatrice vivant à Paris, est souvent de passage à Bruxelles, sa première terre d'accueil. Ce trésor qu'elle empaqueta avec soin, c'est le portrait d'une femme musicienne, Angélique Ionatos, une poétesse de la nostalgie de l'exil qui fit ses premières armes musicales sur les trottoirs bruxellois. Elle a nourri les cordes de sa guitare et sa voix de son essence, ballotée entre sa Grèce natale, Bruxelles, sa ville initiatique, la France, sa terre d'ancrage, et les villes du monde qui l'accueillent le temps d'un concert.  

La caméra complice de l'amie réalisatrice a su capter, avec tendresse et justesse, le sens, l'imaginaire, l'amour et la pudeur de la musicienne qui couve, dans sa gorge chaleureuse, les couleurs de la mer, la lumière et l'errance, thèmes chers à la poésie hellénique. Angélique Ionatos défie les lois du réel et du tangible pour créer beauté sonore et poésie. De son père marin, elle a pris le penchant pour la solitude, et de sa mère Terre, elle a voulu semer l'émotion à tous vents.

Sur des images diaphanes, où la mer et ses galets ne sont jamais loin, Litsa Boudalika dévoile les souvenirs d'enfance d'Angélique Ionatos, rescapés du grand sac noir de sa grand-mère qui lui fit apprécier la valeur sentimentale du futile, pince à cheveux, vieux dentier et autres épaves de la vie, qualité indispensable à l'artiste.

Les Iles se rejoignent sous la mer est une belle réalisation, au service d'une musicienne exceptionnelle, entremêlant réflexions recueillies au gré des rues de son existence, et prestations sur scène. L'ensemble est une page illustrée du journal intime d'une femme sensible, qui rappelle que la poésie chantée est une forme d'expression ancestrale et universelle. Les émotions, qu'elles soient rires ou larmes, émerveillements ou désarrois, sont toujours chantées, car il suffit d'avoir une âme et une voix pour les cristalliser.

Bien que le 7ème art soit plus complexe dans sa fabrication, le film de Litsa Boudalika possède cette fluidité du geste naturel, les traits du pinceau propre à la souplesse du poignet qui caractérise une authentique artiste.

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