Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/04/2001
Mots-clés : critique de cinéma,
 

Les Mille et Une Voix

Pèlerinage musical
 Depuis que la world musique a rompu le carcan ou la maintenait son étiquette ethnographique et connu le succès populaire, la propulsant jusqu'au numéro un des tops cinquante, elle attire de plus en plus de documentaristes qui pensent y trouver un point de vue original pour approcher la diversité culturelle et sociale de la planète.  Rien d'étonnant alors si des télévisions comme la RTBF et Arte (sous la houlette des Productions du sablier et de ce musicologue averti qu'est Thierry Knauff) se lancent dans la production de trois documentaires consacrés aux musiques des grandes religions du livre : christianisme, judaïsme et Islam.
C'est l'un des volets de cette trilogie que Mahmoud Ben Mahmoud vient de réaliser avec son dernier documentaire, Les Mille et Une Voix, où il s'intéresse aux musiques de l'Islam et plus particulièrement à l'univers musical du soufisme. S'inspirant de son expérience de la liturgie mystique (son père fut un membre important de la confrérie soufi des Châdhikiyyâ de Tunisie), Mahmoud Ben Mahmoud nous guide dans les arcanes géographiques de ces musiques de l'Islam aux expressions aussi complexes que différentes.
Au départ de Tunis, Les Mille et Une Voix emprunte la nonchalance savante d'un voyage hasardeux et nous entraîne de l'Egypte aux Indes en passant par la Turquie et le Sénégal, à la recherche d'une authenticité musicale autant que religieuse. Ce qui frappe alors est l'étonnante diversité des sonorités de l'Islam et plus particulièrement ces contrastes entre les musiques de la rue, lors des grandes fêtes religieuses habitées d'animisme et d'exhibitionnisme, et la rigueur des chants des mosquées ou dominent l'invention sacrée et la quête de l'extase. Pourtant, qu'elles soient de la rue ou de la mosquée, les musiques ici présentées relèvent toutes à des degrés divers du soufisme.
Hors de la musicalité de la transmission théologique qui va de l'enseignement de la psalmodie à celui de la cantillation du Coran, l'âme musicale de l'Islam nous apparaît comme étant avant tout soufi. Et quand on sait la position marginale que cette manifestation de la foi occupe dans le monde islamique, on comprend mieux pourquoi, pour Mahmoud Ben Mahmoud, la musique s¹apparente à un moyen de lutter contre l'activisme des intégristes.
Pourtant, malgré des qualités évidentes dans le choix et l'approche du sujet, Les Mille et Une Voix reste d'une écriture et d'une facture classiques et sans surprises. L'absence d'une réelle mise sous tension narrative ouvre trop souvent à l'anecdote et fait le jeu d'un exotisme de série, ceci étant encore renforcé par l'usage systématique d¹interviews venant expliquer les séquences en situation. Néanmoins, Les Mille et Une Voix touche par son souci constant de saisir la musique dans son contexte vivant autant que religieux et le charme de celle-ci, autant que sa force collective, opère et nous transporte bien souvent vers un ailleurs qui n'est pas que religieux.
 

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