Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
 

Les Navets blancs empêchent de dormir de Rachel Lang

Les Quatre saisons de cinergie - automne 2017, "Smakelijk, Bon appétit !" 

Même dans le sérieux d'une programmation d'une séance de courts métrages on peut s'amuser à choisir des films aux titres farfelus. Pour sa séance d'automne des Quatre saisons, Cinergie a opté pour l'alimentation, végétale ou animale sans discrimination. Le critère étant que dans le titre du film il y ait le nom d'un aliment et s'il pouvait être décalé, c'est encore mieux. Nous aurons l'occasion de découvrir des réalisations aussi éloignées que la carotte et le lapin, même si on peut trouver des associations. Muet comme une carpe : les préparatifs culinaires et le rituel religieux qui accompagnent la farce du «Gefilte Fish» juif ashkénaze, Les Navets blancs empêchent de dormir : une belle excuse pour ne pas admettre ses angoisses, le Syndrome du cornichon : ici, on fait moins référence au légume qu'au sens figuré du mot et, pour finir, Tasse de thé, où le thé est l’ingrédient qu'on ne verra jamais.

 

29/09/2017 à Flagey, studio 5 à 19h30 :
Muet comme une carpe
de Boris Lehman, 1987, 38' (projeté par les soins de l'auteur avec son projecteur 16mm) - Les Navets blancs empêchent de dormir de Rachel Lang, 2011, 27' - Le Syndrome du cornichon de Géraldine Doignon, 2012, 22' et Tasse de thé de Jean-Marie Buchet, 2008, 9'30

Dans ce deuxième épisode d'une drôle de trilogie débutée par le court métrage Pour toi je ferai bataille (2010) et dont son magnifique premier long, Baden Baden (2016) constitue une sorte d'achèvement, nous retrouvons Ana campée par l'étonnante Salomé Richard. Sculpteure paumée, Ana pense être enceinte de Boris, amant trouble et irrégulier. Son voyage vers Bruxelles va l'amener à rencontrer différents personnages qui vont l'aider, peut-être à dépasser ses indécisions et ses doutes amoureux. Menée tambour battant, cette pérégrination permet à la réalisatrice de déployer son talent d'écriture et ses qualités de mise en scène. Celle-ci agit comme une tentative de déconstruire les relations hommes-femmes, cadenassées par des rôles et des attentes souvent préétablis. Sous ses apparences anodines, la scène de dispute entre Ana et Boris révèle ainsi la béance entre les deux personnages, liés par des non-dits douloureux. Mais à l'instar de son héroïne, Rachel Lang ne se laisse pas entraîner dans la déprime. L'humour absurde surgit souvent, et les failles d'Ana constituent autant d'interstices burlesques et dramatiques. Enfin, la cinéaste parvient à imposer un rythme, s'autorisant la digression (la scène du train explosant avec joie les stéréotypes de genre) et le lyrisme (la longue séquence de la fête), et signe là un film d'une belle audace.

commentaires propulsé par Disqus