Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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décembre 2009

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01/12/2009
 

Les plages d'Agnès d'Agnès Varda

César 2009 du Meilleur Film Documentaire, Les Plages d'Agnès est un auto documentaire plus proche d'un journal intime porté sur l'extérieur. « L'objectif n'existe pas, écrit Agnès Varda, même pas dans les documentaires. Nos yeux peuvent voir partout, à gauche, à droite, de près ou de loin, presque en même temps. L'objectif à qui nous déléguons notre regard le limite, il faut savoir se servir de ces limites-là », in O comme Objectif. (1)

Les plages d'Agnès

L'objectif d'Agnès Varda consiste à déchiffrer ce qui reste vivant dans le présent. Il s'agit de fouiller dans son propre passé, de reconstituer, de rejouer hic et nunc les cartes de ses souvenirs combinées de documents d'archives disparates (de la photo ancienne à l'extrait de films) en utilisant l'art pictural du collage. Les plages d'Agnès est un film bilan au déroulé foisonnant d'idées, des plages vivifiantes de la mer du Nord de l'enfance belge jusqu'à celles, construites théâtralement, rue Daguerre, devant son domicile (son port), un endroit où elle crée une plage de sable qui montre le travail artisanal de Ciné Tamaris, sa mini-factory. Sous les pavés du XIVème arrondissement de Paris, la plage. Une façon élégante de faire un clin d’œil à mai 68.

Petit à petit, le puzzle d'une vie et son sens se reconstituent. Agnès Varda, Agnès V., Agnès devenue, commence la première séquence de son film par la plage de Blankenberge, à la mer du Nord. Liés à son enfance, elle y emmène des miroirs qui s'entrechoquent les uns les autres. « Les vacances ont presque toujours inclus sable et plage. (…) Nos vacances d'été se passaient sur les grandes plages plates du Nord. Un jeu y faisait fureur : le commerce des fleurs en papier (…) On fabriquait les fleurs avec du papier crépon froissé en ourlant les pétales de roses. Le tout monté sur un fil de fer. Il fallait ramasser la monnaie, des coquillages, et les trier par catégorie. » (1)

La Belgique donc, et Bruxelles... Agnès gambade dans sa maison de jeunesse, rue de l'Aurore, à Ixelles, nous montre le bassin en forme de poire et, en lieu et place de l’intérieur de la demeure, elle filme le propriétaire de la maison, collectionneur passionné de trains électriques dont la singularité lui permet de s'étonner davantage encore. Point de nostalgie, d'autres vies ressuscitent la sienne. Restons à Bruxelles. « La Belgique, c'est encore Jacques Ledoux, conservateur de la Cinémathèque Royale qui, le premier, dès 1955, me donna confiance dans mon propre travail. Par ailleurs, il était drôle, et même cool. Je l'aimais beaucoup. Il a figuré au Bar du Dôme, au fond d'une image de Cléo de 5 à 7. » (1)

Et puis, il existe une Nouvelle Vague Godard/Demy/Varda. Ce qui nous permet de rebondir sur Jacques Demy, contrechamp des Plages d'Agnès : « Cette belle aventure d’amour, une grande part de ma vie, s’est naturellement intégrée dans ma vie de cinéaste et dans ce film ». Le chagrin de l'absence de Demy est la grande blessure d'une vie qui continue sans l'auteur des Parapluies de Cherbourg.

Utiliser le fil du temps, d'un lien à l'autre, d'une trajectoire où Jacques Demy rencontre, comme elle, Los Angeles, où Chris Marker figure en Guillaume-en-Egypte, son chat perché, tout cela donne une grande légèreté aux Plages d'Agnès, un film qui nous ravit et nous rappelle que créer, consiste, avant tout, à étonner.

Boni

Deux extra's.

Dans Daguerre-plage, nous découvrons l'arrivée de monceaux de sable rue Daguerre afin de tourner l'une des séquences-phare du film. Les enfants se mettent à jouer dans la rue. Agnès tricote, nous parle de son origine grecque, de l'Odyssée d'Homère qu'elle a lue et relue (elle a réalisé Ulysse, 21’, photographies et film). D'un fil du temps à l'autre, elle nous parle de Louis Deluc et nous signale que, souvent, la découverte d'un plan (comme une photo) suffit à l'imaginer.

Avec Autour des trapézistes et des voltigeurs, vous pourrez découvrir ce court métrage d'Agnès V. magnifiquement ciselé et digne de figurer parmi ses 16 autres courts métrages.
 
(1)Varda par Agnès, éditions très illustrée aux Cahiers du cinéma.
 

Les plages d'Agnès, d'Agnès Varda, édité par Cine-Tamaris-Cinéart, diffusé par Twin Pics
 

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