Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/02/2002
 

Les Rencontres du cinéma documentaire

Le cinéma de chez nous s'est depuis l'origine caractérisé par une très forte présence du documentaire, pour le meilleur comme pour le pire. Le cinéma du réel fut le terrain de prédilection de ses pères fondateurs, et ce n'est pas un hasard si nous produisons encore aujourd'hui de très nombreux films documentaires d'une richesse et d'une profondeur de regard qui font notre renommée à l'étranger. Une manière d'envisager le réel au cinéma qui influence jusqu'aux plus importantes de nos fictions. Le tout forme un héritage culturel d'une telle ampleur qu'à Bruxelles, il est difficile d'envisager une réflexion globale sur le documentaire en dehors de ce cadre.
 Du 19 au 21 décembre 2001, les salles du Musée du cinéma ont accueilli les premières Rencontres internationales du cinéma documentaire. C'est au en prenant comme phare l'oeuvre et de l'action du maître disparu Henri Storck que le Fonds qui porte son nom et le Centre de l'audiovisuel à Bruxelles (CBA) ont eu l'idée de ce colloque sur l'état du documentaire contemporain. Avec le concours de la section d'analyse cinématographique Elicit, créée au sein de la faculté de philosophie et lettres de l'ULB, ils ont mis sur pied trois journées d'études. En soirée étaient programmés des hommages au cinéma documentaire de nos voisins italiens, britanniques et français, avec films et invités, tandis que les journées étaient davantage consacrées aux débats et aux échanges d'idées entre les animateurs, un public attentif et concerné, et les nombreux invités. Mercredi 19, Jacqueline Aubenas ouvrait le banc sur le thème du lyrisme. Comment définir le lyrisme au cinéma ?
Comment s'y exprime l'exaltation poétique, le bonheur de vivre ? Ce ton particulier peut-il encore s'exprimer à l'heure où la télévision noie son monde sous le déferlement d'images d'actualité ? Jeudi 20, réflexion sur thème de révolte et critique sociale, avec Bert Hogenkampt et Hugues Le Paige. Dans un monde où la richesse et la répression opèrent de plus en plus ouvertement, y a-t-il encore une place pour un cinéma documentaire au regard critique ? Existe-t-il encore des films de révolte ? Quelles formes, quelle diffusion, quels objectifs pour un cinéma socialement engagé ?
Enfin, vendredi 21, le réel dans le cinéma de fiction européen, développé par Henri Sonet. Ken Loach, Guediguian, Bruno Dumont, les Dardenne, Moretti,... le cinéma européen se nourrit de façon tout à fait originale d'une vision du réel directement issue du cinéma documentaire. Est-ce une simple particularité, ou bien une spécificité sur laquelle pourrait se bâtir l'avenir du cinéma européen, face à ses " concurrents " d'Outre-Atlantique ou d'Extrême-Orient? Des analyses, parfois un peu académiques, heureusement illustrées par de nombreuses projections, notamment de l'oeuvre d'Henri Storck, mais aussi de productions contemporaines. Et relevées par la présence d'invités d'une exceptionnelle qualité (disons-le, ce fut le principal mérite de ces trois jours) : les Italiens Gian Vittorio Baldi et Leonardo Di Costanzo, le Français Jean Rouch, les Belges Benoît Dervaux, Luc et Jean-Pierre Dardenne, le Britannique Paul Jenkins et le Cambodgien Rithy Panh.
Il en ressort clairement que ce qu'on appelle chez nous le " cinéma du réel " est plus vivant que jamais. Dans une grande liberté de ton, conjuguant individualité et engagement social, il valse avec les moyens modernes de production de plus en plus miniaturisés et performants, il flirte avec la fiction et virevolte à la périphérie du cinéma d'expression. Mais quelle est sa position dans le paysage cinématographique contemporain, à l'heure où il tente, désespérément, d'échapper au maquereautage de la télévision et de ses poubelles publicitaires ? Sans doute ces trois jours ont-ils permis de mettre en lumière quelques pistes pour l'avenir d'un genre à la croisée des chemins.

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