Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/06/2005
Mots-clés : critique de cinéma,
 

Les Vacances de Noël de Jan Bucquoy

Avec le temps

Jan Bucquoy, et son complice Noël Godin partent, l’œil pétillant et le verbe canaille, au festival de Cannes. Pareil à deux vieux mâles dominants, gaillards et bedonnants, ils se lancent à la conquête des nymphettes de la croisette.
Et nous voici en plein effort de drague, à cet instant précis où les jeux de la séduction laissent voir quelques défauts et où les seuls attraits sexuels s’essoufflent et n’opèrent plus. Car, il faut bien l’avouer, quand conquêtes il y a, elles dérapent bien souvent vers une fin sentimentale de non recevoir. Et pourtant rien n’arrête les deux compères. Car si l’âge est là, avec ses problèmes d’impuissance et d’usure, le refus d’être mis sur la touche s’allie chez eux à cette volonté de ne pas abdiquer, de continuer malgré tout. Tandem iconoclaste autant que perturbant, sorte d’Abbot et Costello post moderne, ils se complètent et se confrontent dans cette délirante recherche des plaisirs partagés. Mais si l’un rêve sa vie dans la compulsion de tous les possibles, à grand renfort de sédition éthylique et de naïve subversion, l’autre plus amer, plus critique, filme leur dérive, maniant la dérision comme une arme de précision, voulant  enrayer à tout prix l’irréversible marche du temps.
Mais il est bien difficile d’arrêter l’entropie affective. De petits matins râpeux et qui déchantent en aventures sans lendemain, elle gagne du terrain et ce qui pétillait léger laisse voir sous les paillettes illusoires des feux du spectacle, les rides d’une faillite amoureuse.
Film à la fois cruel et drôle, Les vacances de Noël précise et conclut cette critique virulente de notre misère sexuelle qui anime et donne sa cohérence au parcours cinématographique de Jan Bucquoy. Ici le rire se fait grinçant et le grotesque s’alliant au ridicule, laisse voir le tragique de ces vies disloquées. Dans ce travail de l’âge, dans cette prise en compte de ce qui se passe quand l’apprêtée jouissance laisse voir les failles de ses compromissions, Jan Bucquoy nous donne son film le plus brutalement vrai et sincère.
Sa façon de filmer, brute et réaliste, ces inventions de mise en scène détonantes et pleines d’humour, son style direct et sans fioriture trouvent ici une unité et une pertinence. Sous l’effet brouillon, il y a de la maîtrise. Et jusque dans cette manière de jouer de l’intime, d’en dévoiler les arcanes les plus cachées, où il trouve le moyen de ramener le spectateur dans le giron de son film.
Au de-là de cette faillite amoureuse, Jan Bucquoy avec son mauvais goût décapant, son regard acide et sa fausse bonhomie parvient à court-circuiter pessimisme et désespoir en tonitruant sur le cadavre du temps, sur la charogne de la vieillesse qu’il n’y a pas d’âge pour trouver la vie magnifique. Filmer, pour Jan Bucquoy, c’est se risquer, c’est être part du conflit, rebelle et incisif, c’est exister et c’est le partager. Et ça, c’est drôlement important.

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