Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
03/11/2009
 

Linha de Passe de Walter Salles et Daniela Thomas

La vie est un sport d’équipe
Cinéaste dont le talent est aujourd’hui unanimement reconnu sur la scène internationale, Walter Salles reste, avant tout, un homme profondément ancré dans la vie sociale de son pays. Déjà, avec Central do Brasil, Salles signait un film témoignage de la réalité brésilienne. Au départ d’une relation tumultueuse mais tendre entre un gamin des rues et une mammy solitaire, tout aussi paumée finalement, il brossait le portrait d’une société déboussolée, entraînée bon gré mal gré dans une marche forcée vers la modernité. Aujourd’hui, s’il lui arrive volontiers de mettre le nez à la fenêtre, travaillant à l’étranger, signant des adaptations d’auteurs internationaux, il n’oublie jamais le documentariste engagé qu’il a été et éprouve régulièrement le besoin de revenir au portrait social de ses débuts. C’est ce qu’il fait avec Linha de passe qu’il coréalise avec sa collaboratrice de toujours, Daniela Thomas.

Linha de passeÀ Sao Paulo, nous partageons quelques moments de la vie de quatre frères qui tentent de se réaliser dans un monde de plus en plus matérialiste et violent, où la fracture sociale s’est muée en gouffre. Chacun sa voie : pour l’un, c’est le football et le rêve d’être engagé dans un club de haut niveau, pour l’autre, la religion. L’aîné, jeune père de famille, ne voit pas d’autre solution pour faire face à ses responsabilités que de plonger dans la petite délinquance occasionnelle, tandis que le plus jeune est à la recherche de son père, un chauffeur de bus inconnu. Chacun poursuit sa route et, en apparence, rien ne semble les relier sinon la maison familiale et le rapport très fort qui les unit à leur mère Cleusa. Mais quand, tour à tour, ils trébuchent, il y aura toujours un autre frère pour venir à la rescousse. Ils forment ainsi cette ‘chaîne de passes’, figure footbalistique dans laquelle le ballon passe du pied d’un joueur à l’autre sans jamais toucher le sol.

Parler simplement du petit peuple de Sao Paulo, cette mégalopole de 20 millions d’habitants bouillonnante de sève, sans tomber dans les clichés de misère et de violence, et sans davantage esquiver les réalités, n’est pas un exercice facile. À l’instar des frères Dardenne, dont il assume l’influence, Salles y réussit en ne laissant jamais son sujet prendre le pas sur ses personnages. Il a écrit l’histoire pour eux, il est près d’eux, non seulement dans son écriture, mais physiquement, avec une caméra mobile et inquisitrice qui ne les lâche pas. Le voyeurisme, comme le sensationnalisme, sont exclus dans cette démarche qui privilégie l’empathie sur le jugement. Une équipe de comédiens formidables donne corps aux personnages, et le spectateur partage, en direct, une tranche de vie au fort parfum d’authenticité. Salles est un cinéaste formé à l’américaine. Il a le sens du plan large, de la belle image. Il sait établir un chromatisme (ici dominé par les jaunes, les ocres et les bleus) en accord avec son sujet, qui fait ressortir les quartiers pauvres, terreux, de cette grande ville noyée de smog comme l’âpreté des conditions de vie de ceux qui s’y trouvent englués. Présenté à Cannes en compétition officielle, le film a reçu, en 2008, un accueil enthousiaste et admiratif, couronné par le prix d’interprétation féminine pour Sandra Corveloni et sa composition, pleine d’émotion et d’humanité, de Cleusa, la mère courage des quatre jeunes gens qui incarnent, chacun à leur manière, le présent et l’avenir du Brésil.

Linha de passe est présenté sur un DVD respectant le format original privilégiant la vision en 16/9. Par rapport à nos souvenirs de la vision en salles, l’image nous a paru un peu moins contrastée. Problème de définition ? Choix délibéré pour mieux respecter le délicat équilibre des couleurs ? Ou, plus probablement, résultat d’impressions subjectives difficiles à vérifier ? Quoi qu’il en soit, cette perception m’encouragera plutôt à conseiller à ceux qui en ont les moyens techniques l’achat d’une version Blue Ray, mais sans que le DVD ‘classique’ ait à démériter vraiment. Le film est proposé en version originale portugaise et en français, avec sous-titres en néerlandais et en français. Configuration classique, donc, pour la Belgique. Il est uniquement disponible en Dolby 5.1 avec une spatialisation sans reproche. En bonus, une interview de Walter Salles (en anglais) d’une vingtaine de minutes, tout à fait éclairante sur l’écriture le tournage et la réalisation du film. Un vrai plus.

Linha de passe de Walter Salles, DVD Cinéart, distribué par Twin Pics

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