Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
09/09/2008
 

Los de Jan Verheyen

Résiste... Prouve que tu existes!...

 

Los de Jan Verheyen

Tom est un jeune journaliste libéral anversois travaillant pour le quotidien le plus important du pays. Individu sympathique mais effacé, Tom a tout du jeune homme frustré qui n’a jamais la force ou l’envie de se battre pour défendre ses opinions. Les mauvaises langues le qualifieraient de « lâche ». Un personnage à priori peu mémorable et qui se laisse facilement marcher sur les pieds. Par son patron tout d’abord, dictateur vulgaire et cynique qui le cantonne aux reportages les plus loufoques et sans intérêt.  Par Tinne ensuite, son envahissante petite amie qui le pousse à acheter une maison de manière impulsive, à lui faire un enfant et à s’impliquer dans une relation pour laquelle, en lâche, il ne ressent plus la moindre passion.
Anvers n’est donc pas ici représentée sous son meilleur jour, mais sous celui d’un réalisme à peine romancé. Verheyen nous propose une vision « rafraîchissante » du racisme puisqu’au lieu de limiter le phénomène à une simple manifestation de rejet racial, il essaie d’en expliquer les causes en énumérant ses effets. Chaque « camp » a l’occasion, durant le métrage, de déballer ses arguments, souvent de manière humoristique ou cocasse. La conclusion que Verheyen et Tom Naegels tirent de ce phénomène, c’est que le racisme ordinaire est souvent plus affaire d’incompréhension ou d’ignorance que de véritable haine, même si celle-ci est parfois bien réelle, ou le devient sur la durée. Cette conclusion évidente n’est pas une grande révélation, mais les arguments sont convaincants et exposés de manière intelligente et légère.Par son grand-père, un patriarche cocasse et raciste sur les bords qui, au terme d’une grave attaque l’ayant laissé cloué sur un lit d’hôpital, le pousse à se battre pour lui permettre l’euthanasie. Par Jonas enfin, son playboy de meilleur ami, un brave gars un peu lourd qui lui prodigue les pires conseils imaginables. La vie de Tom sera bientôt bouleversée par l’arrivée de Nadia, une jeune chercheuse d’asile pakistanaise dont il s’éprend rapidement. Nadia va l’aider peu à peu à s’affirmer, à mettre aux oubliettes sa personnalité lâche et détachée (« los »). Alors que Tom semble, malgré lui, retomber dans ses travers les moins brillants, Nadia se voit menacée d’expulsion. Tom devra donc prendre une des décisions les plus importantes de sa vie : l’épouser pour lui permettre de rester en Belgique ou la laisser se débrouiller seule comme elle le désire, par fierté…

Un choc des cultures inattendu pour Tom qui va, pour le meilleur et souvent pour le pire, transformer ce dernier du tout au tout et lui faire découvrir un monde dans lequel le courage est une vertu. Malheureusement pour Tom et pour ses proches, les rechutes dans le cocon de la passivité seront fréquentes et les conséquences de cette transformation ne seront pas sans incidences fâcheuses sur son entourage.
« Comment aborder des thèmes graves sur un ton léger ». Tel semble être le credo du réalisateur flamand Jan Verheyen qui reprend ici le parti pris du best-seller éponyme de Tom Naegels. Un roman à la première personne qui aborde, au premier plan, le thème du racisme ordinaire dans cette métropole grouillante qu’est Anvers. De l’obligation pour les nouveaux immigrés de se retrouver dans des « groupes d’aide à l’intégration » tels des élèves de maternelle devant s’acquitter de « devoirs » humiliants à réaliser, preuves aux yeux des autorités d’une véritable volonté d’intégration, du regard plein de haine ou d’incompréhension d’une partie de la population, des accusations de « profiteurs » proférées avec colère par les braves travailleurs bien de chez nous qui, en 40-45, ont vaillament versé leur sang pour leur patrie et se considèrent ainsi comme ayant droit aux privilèges, en passant par les persécutions policières souvent dignes des plus graves infractions aux droits de l’homme élémentaires et, enfin, par les combines ridicules que bien des individus doivent inventer pour acquérir leurs papiers officiels, Los déverse ainsi un véritable inventaire…

 

La qualité de vie chez les immigrés, chez les malades, l’injustice quotidienne… Tom va, par le biais de l’amour, découvrir un monde qu’il connaît pourtant déjà par cœur, mais que, jusqu’à présent il ne faisait que traverser en observateur peu concerné. Le passage tardif pour ce grand dadais de 28 ans à un âge adulte qui jusque là lui échappait. En faisant pour la première fois face à ses responsabilités, Tom se libère… et devient tout simplement un homme, ni pire ni meilleur qu’un autre, mais qui pourra enfin se regarder dans la glace.
Malheureusement, Verheyen commet aussi quelques surprenantes et inacceptables erreurs de goût, tel un gag scatologique (forcément) du plus mauvais effet, mais surtout les monologues intérieurs de notre (anti-)héros en plans fixes. Filmé exactement à la manière de Jamel Debbouze dans son émission télévisée, en très gros plan et sur fond blanc, Pepijn Caudron récite là des dialogues superflus qui ne font qu’alourdir le message et souligner le propos au crayon gras. Des images de plus très peu élégantes au sein d’un métrage pourtant assez sobre et à l’image agréable, à la réalisation « jeune » et efficace.Dans l’ensemble, Los est un film joyeux, souvent drôle et juste, bien interprété par Pepijn Caudron, vu jusque’ici au théâtre et à la télévision. Il nous livre une convaincante prestation de personnage dépassé par les événements, version flamande du Simon Pegg britannique. Les seconds rôles ne sont pas en reste, particulièrement Koen De Graeve, dans le rôle du meilleur ami lourdingue au grand cœur, et le vétéran Jaak Van Asche en grand-père acariâtre, râleur, grande-gueule et qui ne tolère que très peu ceux que sa génération appelle encore « de macaquen ».

Los est, en définitive, une aberration au sein du cinéma belge : un film léger qui aborde des sujets sérieux. À une époque où c’est souvent le contraire que nous découvrons sur nos écrans, Los (dont le titre sur l’affiche joue les parallèles avec la série « Lost ») se rapproche finalement plus d’une comédie intelligente à l’américaine, qui aborde ses sujets en les explorant jusqu’au bout, sans jamais lâcher le morceau, par le biais d’un personnage crédible qui ne tombe jamais dans la caricature ou l’exagération et d'un scénario limpide. Un film imparfait certes, peut-être un peu trop "à la mode" mais dont on sort avec l’envie subite de réexaminer sa vie et de mesurer son courage.

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