Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/12/2005
 

Louisa, un mot d’amour

Après le très sixties Cash ? Cash (1967), un film en forme de happening, Paul Collet et Pierre Drouot tournent L’Etreinte, suivi de Louisa, un mot d’amour. Le sujet de Louisa proche de Jules et Jim de Truffaut nous conte l’histoire d’un trio amoureux. 

Le film se déroule au début de la Première Guerre mondiale. Louisa (Willeke Van Amelrooy qui vient de tenir la vedette dans Mira), interprète le rôle d’une jeune aristocrate brimée par un milieu social qui lui impose un fiancé, lieutenant dans l’armée belge, particulièrement fade. Pour fêter ses fiançailles, son père a fait venir des bohémiens dont l’attraction consiste à explorer le ciel en montgolfière. Des invités particulièrement sots détruisent la montgolfière : Paul (Roger Van Hool) et Pierre (André Van den Heuvel), deux des bohémiens, se retrouvent sur la paille. Révoltée par ce qui s’est passé, et curieuse de découvrir une vie libre de contraintes sociales, Louisa s’enfuit du domaine parental avec Pierre et Paul. Le trio vit dans une maison campagnarde. Mais leur mode de vie exaspère le voisinage qui incendie leur roulotte.A un affrontement au sujet de Louisa, succède une étreinte à trois lors d’un après-midi de l’été 1914 dans une scène qui reproduit de façon explicite Le Déjeuner sur l’herbe d’Edouard Manet. Ils apprennent, via un vieux journal, l’assassinat de Jaurès, prélude de la Première Guerre mondiale. Louisa conduit en vain Pierre et Paul au château familial où son père refuse d’admettre la situation du trio. Leur errance les amène en plein cœur d’une guerre qui éclate et met fin à ce qu’on a appelé « La Belle époque ».Mélodrame romantique, Louisa, un mot d’amour bénéficie d’une superbe photographie en couleur, signée Eddy Van der Enden qui n’est pas sans évoquer celle de Gerry Fisher pour Le Messager de Joseph Losey.


Bonus (1)

L’EtreinteTourné en 1968, (cinq ans avant Emmanuelle), L’Etreinte est un long métrage tourné dans la foulée de la libération sexuelle de la fin des sixties. Inspiré de l’Histoire d’O (Gisèle est baptisée Oe par Michel, et Leni lui fait lire « l’Histoire d’Oe »), le film s’écarte cependant du côté sulfureux du roman de Pauline Réage. On est loin de la rédemption par la souffrance, ce curieux paradoxe religieux. Gisèle, provinciale peu dégourdie, devient la gouvernante de Michel qui lui apprend sensualité et sexualité. Il lui offre une robe noire qu’il découpe au ras des fesses et tente de l’asservir à tous ses désirs, d’en faire une esclave sexuelle. L’oncle de la jeune femme veut la ramener chez eux mais vampé par sa nièce, il préfère la volupté de la chair à l’étreinte du foyer et s’enfuit épouvanté par son geste en prononçant cette phrase définitive : « n’en parlons pas à ta tante ! ». Lors d’un voyage d’affaires de Michel, Gisèle apprend sous les caresses de Leni, une amie, à se défaire de l’emprise du libertin. A son retour, Michel s’aperçoit de l´émancipation de Gisèle. Il s’effondre en chantant pouilles. Il est bon d’ajouter qu’au début du film, lorsqu’il a découvert le jeune âge de sa future gouvernante, Michel s’était exclamé : « J’ai besoin d’une mère pas d’un enfant, l’enfant c’est moi ». L’occasion de redécouvrir Daniel Vigo (Michel) et de se rappeler que ce film a réussi à couler la troisième édition du Festival du film flamand d’Anvers. En effet, sous l’impulsion d’Harry Kümel, 9 réalisateurs flamands ont retiré leurs films du festival pour protester contre la censure dont était victime l’Etreinte.

(2) Archives Drouot et Collet

D’emblée Paul Collet nous avoue que « s’attaquer à des sujets tabous m’excitait, des sujets qu’aujourd’hui on dirait politiquement incorrects » et Pierre Drouot, son compère, d’ajouter : « notre entente fut progressive. Nous avions des tempéraments différents. Paul dirigeait les acteurs et moi la caméra. »Dès la fin de leurs études, en 1967, ces deux élèves du RITCS (version  flamande de l’INSAS) décident  de réaliser un long métrage. Ce sera Cash ? Cash ! réalisé avec leur fonds propres et le soutien matériel du RITCS. Drouot est l’assistant de Collet. « C’était un clip avant la lettre. Le contenu du film était sans importance. On n’avait pas de scénario de départ, on improvisait et on tournait sans son. On a rédigé l’histoire lorsque nous avons fait le montage des images dans les caves du RITCS. » Ils montrent le film à Roland Verhaert, qui l’ayant défendu en commission, permet au film d´ ê tre achevé. « Nous étions les corsaires du cinéma belge parce que nous n’étions pas liés aux canaux traditionnels » dit Paul Collet. « Nous étions des jeunes gens en colère…dans les années soixante, tout était possible », poursuit Pierre DrouotAndré Weiss, patron de Ciné-Vog, rappelle le rôle pionnier de cette maison de distribution qui fut un partenaire actif des films belges en France.Actuellement, les réalisateurs voient dans Louisa une sorte de conte romantique, très « flower-power », « on fait l’apologie de la communauté. Ce qui m’a inspiré, avoue Paul Collet, était de convaincre les gens que l’amour était libre ».Versant moins rose, Pier Paolo Pasolini en réalisant Les Cent vingt journées de Salo nous montrait qu’une des facettes de la libération sexuelle nous menait tout droit au commerce des corps. Malgré tout, de précieux renseignements sur une époque devenue un peu opaque pour les internautes du troisième millénaire. Des sixties qui ne furent pas brillantes qu’à Londres ou à Paris !Ajoutons que le film a été re-mastérisé en numérique haute définition, lui-même transposé dans la norme PAL pour profiter de la restauration de « l’Archangel » (colorgrading et élimination des stries, et diverses crasses que la pellicule emmagasine sous le poids des ans).

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