Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/09/2001
 

Louise-Marie Colon

Pré-générique, coup de sonnette (deux fois). " Oiiiiiiiiii " - " C'est Louise krrrrrrrrretc. ". - "Hummmm, J'ouvre". Générique. Contre-plongée sur une blonde en sandales, tee-shirt blanc, pantalon de toile brun et sac au dos beige qui monte, sans se presser, les escaliers menant à Cinergie.be. Jump cut. La réalisatrice de Paulette se débarrasse de son sac dégriffé et votre serviteur se trouve face une jeune fille aux yeux aussi bleus que le collier qu'elle porte autour du cou. Cadrée, en plan américain, elle nous précise, sotto voce, être née à Ottignies. Flash back : " L'animation c'est venu beaucoup plus tard, je dessinais des bédés, des petites histoires, des choses que j'imaginais et beaucoup de dessins reproduisant ma situation familiale. J'ai une soeur handicapée et comme elle accaparait beaucoup l'attention, je dessinais pour attirer l'attention sur moi. " Gros plan : " À l'époque je ne vois pas de films d'animation. Le premier Walt Disney que j'ai vu était Blanche-Neige en néerlandais à la mer. Mes parents ne vont pas au cinéma. Même lorsqu'on regarde la télé, chez moi, mon père ne regarde pas de films ". Fondu enchaîné. " Le cinéma est venu beaucoup plus tard quand j'ai pu y aller seule. Mais ce n'était pas simple. Je devais prendre un bus jusqu'à Gembloux et de là le train jusqu'à Namur. Il y a deux films qui m'ont beaucoup plu et que j'ai regardé une dizaine de fois, en vidéo : c'est Birdy d'Alan Parker et Toto le héros de Jaco Van Dormael. J'aime beaucoup tous les passages dans l'enfance de Thomas racontant sa vision des choses comme petit enfant par exemple : la scène de son père derrière la porte. La manière dont le film est construit est très osée. Puisque dés le début on voit la fin mais on est quand même obligés de regarder l'entièreté du film pour comprendre. J'aurais jamais eu le culot de faire ça ! " (rires). Elle boit de l'eau laissant votre serviteur déguster seul son café, hors champ. " Je ne suis pas arrivé à La Cambre tout de suite. Après le secondaire, j'ai fait des études d'institutrice primaire, pas par vocation mais par défaut, pour faire plaisir à mes parents. Ceux-ci n'étaient pas du tout attirés par le milieu artistique. Ils m'ont plutôt découragée de suivre cette voie-là et comme je n'étais pas très sûre de moi je ne me suis pas battue pour continuer le dessin. " Sortie de champ. Après ses études d'institutrice, Louise-Marie est engagée dans une école et patatras se retrouve enseignante ! Elle déprime, boulonne pendant un an en pensant tous les jours qu'il ne sert à rien de contrarier son désir sinon à se faire de migraines. Elle dessine pour se défouler de la fréquentation quotidienne de nos chères têtes blondes et se tourne vers l'animation. Contrechamp. " La question que je me posais n'était pas entre le live et l'animation mais sur la nature des dessins. Vont-ils bouger ou pas? Je suis allée travailler chez Zorobabel, pendant un an, où j'ai participé à la réalisation de Barbe Bleue. Cette année-là j'ai découvert beaucoup de choses, notamment la 3D. " Ensuite elle entre à La Cambre et, d'emblée, en première année, elle commence à réaliser Paulette, y travaillant sans cesse, le soir, le week-end. Le film n'est sélectionné nulle part. Travelling avant sur le visage silencieux de Louise-Marie, au regard mi-figue, mi-raisin : " J'en avais fait le deuil, il était rangé dans un tiroir. Il a fallu le ressortir au moment de sa sélection à Cannes. C'était d'ailleurs assez étrange de le revoir après six mois. " Divine surprise, la projection en sélection officielle au Festival international du film de Cannes 2001. Un rêve ? Shooting cadré serré : " Oui, mais je n'y suis pas allé comme la plupart des cinéastes pour préparer la production d'un autre film. C'est un film de première année, j'ai envie de poursuivre mes études, j'ai encore trois ans à faire. Et puis, il y a l'Atelier, une maison de production qui nous permet d'essayer plein de choses et nous offre le droit à l'erreur. Il y a de nombreux avantages à rester à La Cambre pour ceux qui, comme moi, ont envie de faire du court métrage d'auteur. Pendant cinq ans on peut le faire sans tracas ! J'ai donc vécu Cannes sans être stressée. C'était déjà tellement incroyable d'être sélectionnée que ça me suffisait. L'avenir ? C'est difficile à dire, beaucoup de choses me tentent : le court métrage, l'illustration, faire un film à plusieurs, j'aime le travail d'équipe ". Une chose est sûre et certaine, on ne la reverra pas en institutrice, pas même pour jouer le rôle dans un film. That's all, folks !

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