Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/12/2003
Mots-clés : vod, distribution,
 

Love Streaming : Video on Demand

Internet et cinéma sont deux choses bien différentes... Mais il devient de plus en plus vain de nier, à long terme, leur recouvrement. Si le cinéma se nourrit toujours davantage du réseau pour diversifier son contenu scénaristique, l'Internet se sert lui aussi du septième art pour élargir son empire, en devenant l'une de ses nouvelles plates-formes de diffusion. La dernière nouveauté : le système de « Video on Demand », qui permet de visionner des films sans les télécharger, moyennant un prix forfaitaire semblable à celui pratiqué dans les vidéo clubs. Opérationnel dès janvier 2004, la « VoD » devrait bouleverser nos habitudes de vision et de consommation filmiques. C'est en tout cas le souhait d'Upstream Entertainment, dynamique société bruxelloise dirigée par quelques baroudeurs du « broadband », et qui comptent bien élargir très rapidement leur système de « distribution online » à travers le monde.

Née de la certitude que le « broadband » est l'avenir de l'audiovisuel, Upstream fait partie d'un consortium de plusieurs sociétés comprenant également CDC United Networks (spécialisée dans la distribution de programmes audiovisuels en Amérique latine) et Paperview (spécialisée dans la fourniture de suppléments (encarts, vidéos, livres,...) pour la presse quotidienne). A la tête de cette plate-forme de services audiovisuels, deux collaborateurs de longue date, pour qui les médias, et le cinéma en particulier, n'ont plus aucun secret : Arnaud van Schevensteen et Alexandre Lippens. Leur objectif à long terme : être les premiers à lancer la télévision interactive en Belgique. « Cela vient finalement d'un constat économique très simple, explique Arnaud van Schevensteen : les fournisseurs de bande comme Belgacom voient leur chiffre d'affaires diminuer sur le marché de la téléphonie fixe, de plus en plus remplacé par des abonnements ADSL fixes. Leur problème est : comment attirer des revenus supplémentaires grâce à ça ? En fournissant à leurs abonnés des films par la ligne téléphonique ». Dès janvier, en cliquant ainsi sur le site de Belgacom, le client aura la possibilité de payer pour visionner un film en temps réel, pour un temps délimité et le prix d'une VHS... Et sans ses désagréments, si ce n'est celui, dans un premier temps, de regarder le film sur son écran d'ordinateur. « Mais c'est loin d'être une habitude minoritaire : en France, il y a 500 films `streamés' par jour pour 1,5 millions d'abonnés ADSL. Et en Belgique, un abonné sur quatre est sur ADSL, ce qui nous place en quatrième position sur l'échelle mondiale ! ».

Mais qu'est-ce que le « streaming », en fin de compte ? C'est une « technologie de diffusion en continu et en temps réel de fichiers multimédias (audio et vidéo) sur Internet qui repose sur un traitement immédiat des données reçues par l'ordinateur avant même qu'elles ne soient toutes téléchargées » (Hors-série « Internet et Cinéma » des Cahiers du Cinéma, nov. 2001, p.25). Grâce à ce système, fini d'attendre des heures devant son PC pour regarder son film préféré : quelques clics et le spectacle est lancé, sans pubs ni mangeurs de chips pour vous importuner... Le prix de lancement devrait osciller autour des deux euros, soit le prix de location d'une cassette ou d'un DVD dans un vidéo-club, à payer par carte de crédit. Le film est alors à votre disposition pendant 24 heures, avec à long terme la possibilité de cliquer sur des zones de l'écran pour faire apparaître des informations complémentaires concernant le film « streamé » : biographies des acteurs et du réalisateur, synopsis, indications sur le tournage et la production, etc. La qualité de l'image et du son ? Impeccable, puisqu'il est impératif pour profiter du service d'être muni de l'ADSL, du câble ou du satellite, seules connexions possibles pour bénéficier d'une résolution correcte, à savoir 600 Kb/s, soit l'équivalent de ce que propose la TV... « Et dès l'année prochaine, on pourra aller jusqu'à trois mégas ! », se réjouit déjà Hugo Frey, l'informaticien d'Upstream, ancien technicien « ADSL » chez... Belgacom.

Broaband et contrebande

Dans un tel contexte - celui, sans limites, de la Toile victime par sa forme (l'immatériel) de tous les vices de procédure - se pose évidemment la question du piratage, des ayants droit et de la copie privée. « Depuis l'affaire `Napster', beaucoup de gens croient qu'on peut tout copier gratuitement, explique Arnaud Van Schevensteen, d'où la crainte des détenteurs de droits de mettre leur contenu à notre disposition, via l'ADSL... Mais il existe un système qui permet de sécuriser, à 99,9 %, l'accès à nos services : le Digital Right Management ». Grâce à ce système, tout fonctionne en circuit fermé : « L'ADSL vous permet d'accéder au portail de notre service, ici Belgacom, avant qu'un mot de passe et le mode de paiement ne soient demandés pour visionner le film... De cette manière, on sait exactement qui vous êtes, d'autant plus que notre service est territorialisé ». C'est le fameux MSWAY, un procédé de détection géographique qui permet de pister l'utilisateur, au cas où celui-ci se croirait dans la Matrice à mitrailler des Agents Smith. Autrement dit, pas la peine d'espérer se constituer une collection de films sur son ordi, à garder sur son disque dur en attendant de les graver pour le lecteur du salon : d'abord c'est impossible (il s'agit de « streaming », pas de « downloading », nuances), et puis après les 24 heures fatidiques, la licence est coupée...

La « VOD » pose en tout cas la question des ayants droit audiovisuels sur Internet, encore bien flous malgré la multiplication de sociétés comme Upstream partout dans le monde. « Le problème, selon Alexandre Lippens, se trouve au niveau de la définition de la `VoD' : pour l'AFMA par exemple [ndr : l'association américaine de défense des producteurs de films], il s'agit d'un système de diffusion de films encodés analogiquement... alors qu'on est en digital ! ». Tant qu'il n'existera pas une législation plus précise en la matière, appelant une souris une souris, le flou juridique risque bien de perdurer... Dans l'attente, Alexandre Lippens et Arnaud Van Schevensteen envisagent de verser aux détenteurs de droits un pourcentage sur le prix d'achat du film et sur sa location, comme à la télé. Et pourquoi pas, un jour, de proposer aux Majors la diffusion de leurs nouveaux films directement sur Upstream, en avant-première nationale ? « Tout est possible !", s'emballent-ils. A terme, nous aurons d'ailleurs à proposer bien d'autres choses que des films : des jeux, du sport, des chaînes de TV, de la musique... C'est là qu'on revient à ce projet de télévision interactive : le PC sera dupliqué sur la TV, avec une chaîne réservée à la `VoD', sur laquelle vous choisirez vos films, facturés par Belgacom... En fait, vous passerez tout votre temps à regarder la TV ! C'est formidable, non ? ». Ce qui est sûr, c'est que le cinéma en sortira transformé, révolutionné. Mais cela, c'est encore une autre histoire... Qu'on abordera dès janvier, au cours d'un dossier (que dis-je, une saga) spécial « numérique ». A vos agendas !

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