Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/04/2004
 

Lubna Azabal à propos de Viva Laldjérie

Cinergie : Comment avez-vous rencontré Nadir Moknèche ? 
Lubna Azabal : Par l'intermédiaire d'un attaché de presse qu'on avait en commun. Moi j'avais vu « Le Harem de Mme Osmane », et lui « Loin ». Il voulait qu'on se rencontre. Ca a tout de suite bien collé. Il m'a parlé du personnage de Goucem et du scénario, et ça m'a tout de suite plu parce que j'étais totalement surprise par cet Alger que je ne connaissais pas. Et puis Nadir parvient à parler de choses très dures et très fortes avec finesse, intelligence et légèreté.

scène du film

C : Vous sentez-vous proche du personnage de Goucem ?
L. A. : Pas vraiment... C'est plutôt un personnage qu'on a du mal à comprendre, qui a une espèce de logique... pas logique ! Mais c'est un personnage que j'aime même s'il est très complexe : Goucem ne sait pas qui elle est. Elle n'a pas de « je », elle vit par procuration. Elle n'est pas dans la psychologie, dans la réflexion, mais dans les actes. Elle est dans un monde où c'est chacun pour soi... En même temps, ce monde est aussi tourné vers l'extérieur avec la TV-satellite, ce qui explique pourquoi Goucem va se battre, inconsciemment, contre des principes imposés.

Biyouna et Lubna Azabal

C : C'est un personnage très contradictoire.
L. A. : Il y a un côté chez elle qui envoie tout péter, et en même temps il y a de la culpabilité, des remords... Parce qu'il n'y a pas d'avenir pour une femme comme elle, qui a avorté, dont la mère est une ex-danseuse de cabaret, qui vit seule... D'autant plus qu'elle ne sait pas très bien qui elle est, donc elle ne peut pas savoir ce qu'elle veut.

C : Est-ce que Goucem, selon vous, incarne la femme algérienne typique?
L. A. : Pour moi c'est quelqu'un qui représente une jeunesse tournée vers l'avenir, qui essaie de se défaire du poids du passé, qui se cherche totalement et qui est complètement déstructurée, elle attend. Mais elle a un potentiel magnifique, qui ne demande qu'à vivre et à aller de l'avant. 

C : Etiez-vous consciente de la situation en Algérie, de la manière dont les gens y vivent, avant d'y arriver pour le tournage ? 
L.A. : Oui, bien sûr, mais je suis arrivée trois semaines avant le début du tournage pour pouvoir m'imprégner de tout ça. J'ai aussi beaucoup parlé avec Biyouna [ndr : qui joue Papicha, sa mère], de son Algérie à elle, ce qui m'a permis de comprendre beaucoup de choses et de mieux appréhender mon personnage. Le reste a vraiment été un travail sur l'imaginaire, parce que Goucem n'a pas vraiment de personnalité affirmée puisqu'elle se cherche... Le plus dur fût de comprendre chez elle cette espèce de non-logique, parce que ça ne saute pas aux yeux d'emblée.

C : Etait-ce facile de travailler avec Biyouna, qui est une véritable star en Algérie ?
L. A.  : C'était génial ! C'est vraiment une femme extraordinaire. Dès le premier regard, on s'est tout de suite plu. Elle a du caractère et moi aussi, donc on se répondait bien. C'était vraiment comme une mère spirituelle... Et puis c'est vraiment une femme dont j'admire le courage. Comme le peuple d'Algérie, qui est un peuple très digne, qui se relève, qui est là. C'est beau, de vérité, de sincérité.

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