Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
Mots-clés : femme, France,
 

Lulu, femme nue de Solveig Anspach

Y en a qui ont le cœur si tendre...

Alors oui, bon, certes, sur Cinergie, on parle avant tout des films belges, des techniciens belges, des réalisateurs belges, etc., etc. Et il est extrêmement rare qu'on se mette ici soudainement à écrire sur des films qui ne le soient pas. Mais quand cela arrive, c'est qu'on a une bonne excuse, une très très bonne excuse. En l'occurrence, merveilleuse, délicate, tendre et superbe, c'est Bouli Lanners dans un très beau rôle d'amant à la fois salvateur, éconduit puis éperdu dans Lulu femme nue, le nouveau film de Solveig Anspach, adaptation de la bande dessinée d'Etienne Davodeau.

Un très beau portrait de femme, plein de douce fantaisie, un film joyeusement lunaire aux personnages seuls, paumés, tendres et assoiffés d'amour.  

Kerin Viard dans Lulu femme nuLulu femme nue est un petit bonheur en boîte, un vrai moment de ravissement, une cure de soleil hivernal et de ciel bleu revigorant dans ces temps de brumes grises. Karin Viard porte le film avec une beauté à la fois fragile et fatiguée, presque ébréchée, un tremblement à fleur de peau teinté, le plus souvent, de douleur, parfois de fierté, et finalement, de joie. Elle y est renversante dans ce rôle de femme paumée, mère de famille soumise, épouse maltraitée qui, au « hasard » d'un train volontairement raté, ne rentrera pas chez elle. Dans des petites villes du bord de mer, elle fait la connaissance de doux hurluberlus, de jeunes filles en panne de révolte, de gentille grand-mère esseulée. Petit oiseau fragile qui prend tranquillement son envol, elle trouve des nids pour l'abriter. Et de fil en aiguille, sa propre voie. Avec un humour discrètement cocasse et des scènes toujours à la limite du burlesque, Solveig Anspach réussit à suivre son personnage dans ses errances sans atermoiement, sans une once de sensiblerie. Ses cadres larges et fixes, souvent vides, ouvrent les espaces qui enfermaient, font respirer les corps et les cœurs. En amoureux qui la recueille d'abord avant de la perdre puis d'aller à sa recherche, Bouli Lanners trouve un très beau rôle d'amant, taillé sur mesure sur son corps généreux, son sourire taquin et ses yeux tendres. Et c'est rarement qu'on l'aura vu au cinéma dans un rôle d'homme, oui, certes, un peu à côté de la plaque tant il forme avec ses deux frères une bande de pieds nickelés, mais d'homme quand même, plein de désirs, de rêves d'amour, de tendresse, lui qu'on cantonne, même parfaitement, à trop de rôles de trublions comiques, de méchants baveux ou d'idiots gentils. Ici, rien de tout cela, un petit côté certes, échoué de la lune sur la plage, mais comme tous les personnages de Lulu, femme nue, tous un peu paumés, fragiles, en quête d'oxygène dans un monde trop serré.

scène du film Lulu femme nuEt c'est assez remarquable comme ces deux grands comédiens, Benoît Poelvoorde et Bouli Lanners qui, chacun à leur manière, incarnent cet humour typiquement belge, prennent tout à coup, sous le regard de femmes cinéastes, des épaisseurs dramatiques bien plus profondes que les rôles que les hommes leur prêtent en général dans trop de nanars, comédies-à-succès-qui-font-vendre-des-biftons ou autres films d'art et essai prout-prout-t'as-vu-comme-elle-est-belle-ma-caméra. On pense évidemment aux films d'Anne Fontaine et de Nicole Garcia (et, exception à la règle féminine, aux films de Benoît Mariage) pour le premier. Quant à Bouli Lanners, il était déjà très surprenant et émouvant en psy perdu et émotif dans Sans queue ni tête, la comédie de Jeanne Labrune. Avec Lulu, femme nue, Solveig Anspach lui offre un très beau rôle d'homme tendre et accueillant, et lui ouvre, on l'espère, le chemin de premiers rôles solides et profonds.  

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