Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
 

Made in Dagenham de Nigel Cole

Ladies first

 

Avec Made in Dagenham, Nigel Cole s’attaque à un sujet social et politique, l’égalité salariale entre hommes et femmes. Visiblement influencé par une veine qui a, et qui fait toujours recettes en Angleterre, il choisit le « feel good movie » pour aborder un sujet sérieux. Mais la bonne humeur ne se fabrique pas de toutes pièces, hélas. Sorti dans les salles en 2010, le film est aujourd’hui disponible en DVD chez Cinéart.

 

jaquette DVD Made in DagenhamLe problème avec les histoires réelles et émouvantes, c’est que les réalisateurs sont tentés de croire qu’il n’y a plus rien d’autre à faire que de les raconter. Mais une histoire, aussi vraie et belle soit-elle, ne fait pas un film. Si Nigel Cole n’est ni Ken Loach, ni Mike Leigh, il n’a pas même la fraîcheur de Peter Cattaneo (The Full Monty). Made in Dagenham est paresseux, sans ambition cinématographique, tricoté de dialogues artificiels et emmailloté de situations simplistes et caricaturales. On reconnaît la patte lisse et molle déjà éprouvée dans son film précédent Calendar Girls.

L’histoire, puisque c’est tout l’intérêt du film, retrace la lutte menée, en 1968, par 183 ouvrières de chez Ford pour l’égalité salariale. C’est la première grève féminine en Angleterre. La presse anglaise s’en empare, les ouvrières deviennent la « Pettycoat Army » (l’armée en jupon). Avec l'arrêt de ces employées chargées de la fabrication des sièges de voiture, l'usine est peu à peu paralysée. Au fur et à mesure de la grève, 30 000 ouvriers sont menacés de perdre leur emploi.

Au mois de juin, les ouvrières se rendent à Londres pour manifester devant le Parlement. Leur chance sera de trouver une oreille attentive en la personne de Barbara Castle, secrétaire d'état à l'emploi et à la productivité, et première femme politique à occuper un poste de premier plan. Le mouvement est conduit par l’ouvrière Rose Boland incarnée ici par la solaire Sally Hawkins, spécialiste des rôles de femmes issues de la classe ouvrière (Happy-Go-Lucky, Happy Ever Afters, An Education …) Jeune femme frêle et un peu timide, la comédienne anglaise révèle, au fil du film, toute la force et l’énergie nécessaires à la lutte, modifiant peu à peu jusqu’à son timbre de voix. Sa seule présence ranime un peu la mauvaise mine du long métrage.

Si le film est cinématographiquement sans intérêt, il est également contestable politiquement. Les événements de Dagenham, sans en ôter leur importance, sont présentés ici comme une révolution qui a changé le monde en un instant. Le monde, hélas n’a pas changé en 1 jour. En effet, les revendications des ouvrières de Dagenham ne seront satisfaites qu’en 1984, soit 26 ans après la naissance de leur mouvement. De même, il suffit de regarder les chiffres actuels (1) pour se rendre compte que la révolution dont parle le film ne s’est pas encore produite. Enfin, le carton final au générique faisant de Ford un employeur modèle, rend vraiment de très très mauvaise humeur : un feel good movie Dagenham ?

 

(1) En France : Le rapport des salaires femmes/hommes est de 85% dans la fonction publique d'Etat et de 80% dans le secteur privé (Source: Insee, données pour 2001). La Commission des droits de la femme du Parlement européen évoque un écart de 25%. Chez les cadres, l'APEC (Association pour l'Emploi des Cadres) enregistre 21% d'écart de rémunération. (source l’Express). En Europe, l’écart est estimé à 29,2%.


Made in Dagenham de Nigel Cole – 2010 – 113’

Avec Sally Hawkins, Bob Hoskins, Miranda Richardson..

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