Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/09/2005
 

Malpertuis de Harry Kümel

Malpertuis, le film-culte d’Harry Kümel est édité par la Cinémathèque royale en collaboration avec Sofidoc, la maison qui a produit le film il y a plus de trente ans, en 1972 exactement. Il s’agit d’un double DVD comportant deux versions différentes du film augmenté d’une série de bonus réalisés par Françoise Levie et Erik Martens. Adapté d’un roman de Jean Ray, écrit en français (il signait ses textes flamands John Flanders – voir le film de Françoise Levie dans les bonus), Malpertuis suit le parcours de Yann, un jeune matelot qui cherche sa sœur Nancy. Il pénètre dans une maison baroque sur laquelle règne Cassave, un vieillard tyrannique et diabolique qui retient ses héritiers dans sa propriété.
Il existe donc deux versions du film. Les deux versions vous sont proposées sur le DVD. La première montée par Richard Marden (« il n’a rien compris au film », nous dit Harry Kümel) a été présentée en mai 1972 au Festival International du film de Cannes. Elle a une durée de 107’ et existe en version anglaise et française. La version anglaise nous permet d’entendre la voix si particulière d’Orson Welles. Cette version franco-anglaise ne connut pas un accueil très chaleureux.
La seconde version a été montée par Harry Kümel lui-même qui devait fournir une version flamande à cause des subsides obtenus de la Communauté flamande. Durant six mois, Kümel s’est isolé à Bruxelles, Vieille Halles aux blés, dans les studios de son producteur Pierre Levie, réalisant lui-même la post-synchronisation, en prêtant sa voix à six personnages. Il va de soi que pour le réalisateur, la seule vraie version est celle où il a obtenu le final cut. En tout cas, et c’est l’une des originalités du support DVD, le spectateur a le loisir de pouvoir comparer la version director’s cut et celle de l’unauthorized edition des Artistes Associés.
Cette édition, qui a bénéficié du soutient et des archives de Sofidoc,.est un peu « hors contexte » dans le paysage du cinéma flamand des années septante, dominé par le drame paysan (Mira) ou la contestation (les réalisateurs de Fugitive cinéma). C’est une production internationale comme l’avait déjà été les Lèvres rouges mais avec une dimension plus ambitieuse encore. Le casting est prestigieux, Orson Welles, Susan Hampshire, Matthieu Carrière et Michel Bouquet. L’équipe internationale avec le scénariste français Jean Ferry, Georges Delerue pour la musique et Gerry Fisher, le directeur photo britannique (collaborateur régulier de Joseph Losey, notamment pour Monsieur Klein, Accident ou le Messager).
Bref, Malpertuis est un O.V.N.I. Comme l’explique très bien Erik Martens :
« Le film Malpertuis lui-même n’en constitue pas moins toujours une énigme. Comment comprendre ce film ? Le fil de l’histoire est insaisissable, flamboyant et grotesque : un patriarche enlève les dieux sur une île grecque pour les mener à Gand et Bruges et créer une race supérieure, mais tout ce qu’il réussit à faire, c’est déchaîner une dispute familiale sans nom. Tout cela trouve ses racines (comme dans le roman de Jean Ray naturellement) dans la mythologie classique, tout en y associant sans chichis toute une série d’autres mythologies, comme celle du nazisme par exemple. »
Une fois de plus on ne peut que louer l’édition de La Cinémathèque en un temps où beaucoup d’éditeurs se contentent d’adopter un master DS, sans contrastes. Malpertuis director’s cut a été scanné à partir du négatif original du film –grâce à l’apport de Sofidoc –en HD 2K et ensuite fixé sur une bande vidéo numérique haute définition. Ce format HD a été par la suite en norme PAL pour permettre une restauration à l’aide de l’Archangel (voir cinergie 88) chez Ace. Ajoutons que l’étalonnage, pardon le colorgrading a été supervisé par Harry Kümel.
Pour la version franco-anglaise, une copie réalisée à l’époque pour la télévision et dans un état impeccable, a été utilisée.
L’un des clou de ce DVD est le film commenté par Françoise Levie (assistante à l’époque) et Harry Kümel qui ne cesse à juste titre de mettre l’accent sur le travail de Gerry Fisher dirigeant son éclairage suivant la logique de dramatisation voulue par le réalisateur. Chaque personnage étant éclairé différemment (Michel Bouquet, l’étant en lumière verte). Lorsqu’on l’entend commenter l’éclairage de Gerry Fischer qui modèle les personnages par la lumière, on comprend mieux l’admiration de Kümel pour Von Sternberg. Cela sera d’ailleurs l’un des différents entre Gerry Fisher et Orson Welles. Ce dernier préférant se maquiller lui-même plutôt que de se laisser modeler par la lumière du directeur photo. La seule chose qui ennuyait ce dernier était de capter les visages des jeunes filles. Trop lisses, trop key light, pas assez de challenge. La posture théâtrale d’Orson Welles est en noir, rouge et blanc, les couleurs du drapeau nazi.
Nous apprenons que le générique des deux films est différent. La version de Kümel commence par des dessins de Lewis Carrol, que Bouquet a un chapon melon qui fait référence à Magritte. Et plein d’autres choses qu’on vous laisse découvrir.
L’un des bonus est assez émouvant, il nous montre Jan Ray parlant de son œuvre. L’autre, également réalisé par Françoise Levie, est centré sur les plans autour d’Orson Welles. On sait que ce dernier aimait se mettre en scène lui-même et que, si c’était un acteur prodigieux, c’était aussi un homme au caractère bien trempé. D’où les étincelles entre Harry Kümel et Orson Welles.

 

Malpertuis de Harry Kümel, un DVD édité par la Cinémathèque Royale avec la collaboration de Sofidoc.

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