Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
Webzine
janvier 2009
08/01/2009
 

Manneken Pis d'Anne Lévi-Morelle

Pis and love 

What's Belgium famous for ? Chocolates and child abuse. And they only invented the chocolates to get to the kids.”

De mauvais goût ? Sans aucun doute. Hilarant ? On en redemande !... Ce dialogue récité avec malice par un Colin Farrell réticent à toute chose belge dans la récente et savoureuse comédie noire In Bruges résume en une phrase l’ampleur de la situation : la Belgique vue de l’étranger reste, pour beaucoup de gens mal (?) informés, une vaste blague, un pays où l’absurdité est souveraine, un nid de coucou incompréhensible pour qui n’y est pas né. Et pourtant au pays des frites au chocolat, de Sandra Kim et d’Eddy Cordy… (Note au lecteur : prendre la voix du monsieur énervé qui narre les bandes-annonces)  …Un héros ordinaire confronté au danger va devoir à lui seul mener sa propre guerre. Pour honorer son pays et sauver sa propre peau, il va devenir… la guerre ! Son nom ? Pis. Manneken Pis. 

Stupide ? Vous n’avez encore rien vu… Au cœur de Bruxelles, cette « toute petite crotte de mouche » perdue sur le globe, cette « ville très moche dans laquelle il y a des splendeurs » réside depuis bientôt 400 ans un mythe aussi bien qu’une curiosité, une légende aussi bien qu’une interrogation… 

En effet, comment un garçonnet tout nu, pissant joyeusement à la face des touristes qui le photographient 1000 fois par jour est-il devenu l’emblème le plus connu et reconnu de Bruxelles et par extension, de la Belgique ? Notre symbole national !

La documentariste Anne Lévy-Morelle va tenter de nous raconter en 52 minutes et sur un ton léger l’histoire de ce petit malappris dans un film qui fait la part belle à l’humour et à la belgitude dans tous ses états. Une enquête ludique, policière et historique sur ce Manneken Pis qui, derrière ses rondeurs, cache (apparemment) toute l’âme de Bruxelles, son désordre harmonieux et sa fausse modestie. 

Qu’est-ce qu’il fait donc là, perché devant nous, à la jonction de la Rue de l’Etuve et de la Rue du Chêne, urinant sans relâche, d’une joyeuse insolence ? Quelle est son histoire ? Sa signification et son rôle historique ? Bruxelles serait-elle toujours Bruxelles si le Manneken ne pissait plus ? Que penser d’une ville dont le symbole est un enfant qui pisse ? Et surtout… le Manneken Pis a-t-il une âme ?... 

Afin de répondre à ces questions, Anne Lévy-Morelle va recueillir les témoignages amusés d’une poignée de connaisseurs de l’affaire (historiens, spécialistes, bourgmestre, commerçants…) et de badauds, tous ces gens qui viennent parfois de très loin pour admirer quelque chose de si petit, tour à tour effarés, fascinés, amusés ou incrédules. 

Le moins que l’on puisse dire c’est que notre héros, né en 1620 (le Manneken Pis, pas Anne Lévy-Morelle) et sculpté par Jérôme Duquesnoy suscite les débats et les opinions les plus diverses : « On n’en est pas fiers, mais c’est bien nous ! », « Au moins, il fait rire… », « Il représente notre richesse de ne pas nous prendre au sérieux »… Alors, le Manneken, fierté nationale ou insulte suprême à la face du reste du monde ?... Un peu des deux peut-être ? 

Si pratiquement tout le monde s’accorde à dire que le diablotin représente le Belge qui ne se prend pas au sérieux (mais qui se donne quand même en spectacle), il est un peu étonnant de ne pas retrouver dans ce documentaire quelques contre arguments puisque, qu’on le veuille ou non, le Belge, sous ses dehors bourrus de grand enfant un peu lourdaud, se prend malheureusement bien souvent TRES au sérieux, particulièrement dans les milieux artistiques. Non, non, ne vous indignez pas, toutes les études le prouvent : le Belge, paradoxal comme de coutume, fait preuve d’un flagrant manque d’humilité. Logique d’un côté… si le Manneken représente l’humilité du Belge moyen, on ne peut s’étonner qu’il soit si petit ! 

Anne Lévy-Morelle, animée de sa bonne humeur et de ses bonnes intentions, commet la même erreur à plusieurs reprises, notamment par l’utilisation d’un score fatiguant et prétentieux totalement en porte-à-faux avec le sujet du film. Une erreur de goût, une parmi d’autres, dans un documentaire qui n’en est malheureusement pas dénué. On regrettera ainsi une narration volontairement naïve parfois exaspérante, ainsi que certaines interviews qui n’évitent pas la caricature et les lieux communs sur Bruxelles, la Belgique et ses habitants. On ne peut s’empêcher d’imaginer ce que des trublions comme Bucquoy ou les Snuls auraient fait d’un tel sujet… qui méritait sans doute un second degré mieux maîtrisé. 

Malgré ces réserves sur le ton, force est de reconnaître le travail de documentation et la force d’attraction du mythe… Le plus vieil habitant de Bruxelles est tout nu, tout bronzé… et mesure moins d’un mètre ! Only in Belgium !... Symbole fédérateur malgré lui d’un pays dont l’absurdité totale fait la force, les faiblesses et la singularité, Manneken Pis n’a pas fini de faire parler de lui !
Le film d’Anne Lévy-Morelle, certes imparfait, est pourtant l’objet idéal pour en apprendre plus sur ce curieux petit bonhomme, symbole national éminemment plus sympathique qu’un Souverain septuagénaire, les chapeaux de Fabiola, une horreur à 9 boules de métal ou un Jacques Brel transpirant de plus belle… 

All we are saying is give Pis a chance !

Manneken Pis, le garçon qui ne voulait pas être fier de Anne Lévy-Morelle, DVD, La Collection Cinéart et distribution Twin Pics

Découvrez le film en VOD sur UniversCiné.be

 

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