Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
10/10/2011
 

Marbie, star de Couillu les 2 Eglises

Bienvenue chez les Carolos


À Cinergie, jamais nous n’avions constaté un tel engouement médiatique pour un long métrage belge à ancrage aussi local. Mais pourquoi parle-t-on autant du film carolo Marbie, star de Couillu les 2 Eglises ?

 

Tout d’abord, présentons-en brièvement leurs instigateurs. Duo de comédiens bien populaires à Charleroi, Dominique Dubuisson et Dominique Smeets (alias Lizon Lalou) exercent, depuis une dizaine d’années, leurs talents sur scène et en télé. Ceux qui les connaissent sont surtout des téléspectateurs de Télésambre, voire d’autres chaînes locales ayant relayé leurs émissions de divertissement (Télécimetière, Les Amuse-Gueule, Big Bang…). Egalement acteurs et réalisateurs de courts métrages, lui s’est notamment vu primé au Festival du Film Européen de Bludenz en Autriche pour Mister Mac Abbé (1998) et sélectionné au BIFFF pour Mister Mac Abbé II (2000). Elle a quelquefois été aperçue dans des petits rôles au cinéma, dans des films comme Le Nain rouge, Pom Le Poulain ou Sans Rancune.

Aimés ou pas, mal voire, non-reconnus dans leur corporation – ils ont toujours œuvré… bénévolement pour Télésambre ! Notre duo de trublions avait depuis quelques années en tête de se lancer dans l’aventure d’un long métrage avec, cette fois, des moyens dignes de ce nom. Sans aide financière octroyée par le circuit traditionnel, ils ont eu l’idée assez audacieuse d’autoproduire leur film, avec la solidarité du public et des habitants de leur région. Ceux-ci ont donc eux-mêmes financé le projet, via des parts d’actionnariats ou des dons ! Pour toucher le plus grand nombre possible, plusieurs appels aux médias ont donc été lancés. Si la presse locale s’est machinalement manifestée au moment du financement du film, celle nationale (RTBF, liée à TV5, RTL-TVi, Le Soir, Ciné Revue…) a emboîté le pas ces dernières semaines, non sans une certaine empathie, au moment où ont véritablement débuté les premières prises de vue.   

Teinté d’une large part autobiographique, le scénario de Marbie (écrit par Dominique Smeets) évoque en fait le destin d’une comédienne locale (Dominique Smeets, toujours) au tempérament naïf, mais authentique, dont le talent est tardivement reconnu par Jean Tube, qui n’est autre que le boucher du village. Celui-ci voit en Marbie une future vedette de cinéma capable de lui faire oublier sa petite déprime. Persuadé de pouvoir remplir le rôle de découvreur de talent, il n’a qu’un but : lui faire monter les Marches du Festival de Cannes !

Le rôle de celui-ci est étonnamment campé par Johnny Cadillac - justement à l’affiche de Fils Unique, de Miel Van Hoogenbemt, qui n’est autre que l’un des plus célèbres sosies belges de Johnny Hallyday. "Je vais être honnête avec vous", précise Dominique Dubuisson dans sa casquette de directeur de production. "Il nous fallait un Belge pour le rôle. Fatalement, on a songé à des gens comme Benoît Poelvoorde, Bouli Lanners ou François Damiens. Mais ils n’étaient pas libres ou trop chers. Ensuite, nous avions pensé à Renaud Rutten. Mais aux termes de nos auditions, le choix de Johnny Cadillac, qui fut d’abord repris pour un petit rôle de sosie, s’est imposé ! Oui, c’est un débutant. Mais voilà, on s’est dit qu’outre son charisme hallucinant, sa voix, ce pouvait être un sacré coup médiatique. C’est donc un pari fou, mais on l’assume."

Tourné essentiellement à Charleroi, le film a fait une escale à Tamines, au Caméo, ce cinéma de quartier étant l’un des trente-cinq lieux du film dont l’aspect rustique cadrait bien avec Marbie. Nous y étions. Sur place, nous croisons la comédienne française Chantal Ladesou, l’une des 80 interprètes du film. "Je suis native de Roubaix en France, mais ma grand-mère était belge et répondait au nom de Vandemeulebroucke (rire). Les Dominique, que je connais depuis longtemps, m’avaient demandé, il y a un bon moment, de jouer un rôle de médium dans leur film. Je suis consciente d’être là pour booster le projet, mais je me suis fait un plaisir de les rejoindre car ce projet est atypique, généreux et attachant. On sent les gens de la région concernés par ce film." La comédienne française n’est pas le seul nom un peu connu du casting. Outre une ribambelle de comédiens locaux ou amateurs, on retrouvera au casting des plus routiniers comme Thierry De Coster, Antoine Vandenberghe, Gudule, Jacky Druaux, Michel Angely et même Patrick Ridremont, dans un rôle de présentateur télé. "Pour nous,", rajoute Dominique Dubuisson, "Il ne s’agissait pas d’avoir un maximum de stars. Un comédien non-professionnel peut parfois plus vous surprendre qu’un comédien sorti des meilleures écoles. Dans le film, on aimerait retrouver un esprit proche de Strip-Tease".

À l’heure où nous écrivions ces lignes, la majeure partie des rushs du film était déjà en boîte. Mais restait encore à trouver le financement pour les quelques jours en France (Paris, Cannes) et pour le montage. Soit encore un demi-million d’euros ! "Je n’ai jamais menti à l’équipe. J’ai dit que j’avais l’argent pour elle jusqu’ici. Maintenant, je n’en ai plus. Je vais donc démarcher pour aller plus loin. J’ai déjà certaines promesses, mais on compte toujours sur la presse pour nous donner un coup de main. Vous savez, j’ai bientôt 50 balais. Je n’ai plus besoin de faire ce film pour mon ego. Moi, je me bats vraiment pour redonner une autre image à une région dont on a tellement dit de mal."
 

À l’épineuse question de savoir si le « Couillu » du titre ne pouvait éventuellement heurter un certain public, voire froisser l’un ou l’autre futur distributeur, Dubuisson a aussi sa réponse. "Sur l’affiche, on veut mettre « Marbie, star » en grand. « Couillu les 2 Eglises » ne sera que le sous-titre. Ce titre n’est pas vulgaire. Nous, on revendique nos origines wallonnes. Et figurez-vous que Couillu en wallon désigne un cheval destiné à la reproduction. Puis, comme il y a deux fils conducteurs et deux sons de cloche, cela se prêtait bien à notre film. Le titre est beaucoup plus intelligent qu’on ne le pense."

Un jusqu’au-boutisme et une force d’abnégation qui touchent, avouons-le. À deux doigts d’atteindre l’aboutissement d’un projet de pratiquement toute une vie, on regretterait presque, pour nos deux trublions, de ne pas voir ce vaste chantier aboutir. Même si, entre deux scènes, Dominique Smeets témoigne d’une certaine fatigue: "Au début du tournage, c’était un peu l’euphorie, mais avec toutes les casquettes que nous avons à gérer tout en conciliant notre vie de couple, cela devient très dur et fatigant. Les journées sont longues, les nuits sont courtes. Mais il faut rester diplomate. Quoi de plus logique pour un film où on ne veut dégager que du positif ?" Dubuisson reste lui plus philosophe et serein. "Dans la vie, il y a toujours une solution. Moi, je n’espère rien, mais chez moi, il n’y a pas de peut-être. Je sais ou je vais. J’aurais évidemment plus facile si j’avais le budget de Spielberg. Mais l’équipe reste solidaire, et c’est ce côté humain que j’aime et qu’on voudrait retrouver. Beaucoup de membres de l’équipe auraient mille raisons de partir, mais ils restent. C’est pour ça qu’on continue. Et croyez-moi, je ferai tout pour qu’on y arrive. Et on y arrivera."

NDRL: Pour davantage d’informations sur le projet et la manière d’investir, surfez sur www.marbiestar.be

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