Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/12/1999
Mots-clés : rencontre, tournage
 

Marine et Fabian

L'Instit
Marine et Fabian

Les Quatre cents coups

Séquence
Une école de Watermarl-Boisfort.Un ensemble de bâtiments au toit plat qui fait moins caserne que la configuration uniforme des pièces le laisse supposer. On franchit les grilles ouvertes du portail, on traverse une cour de récréation déserte, pavée de dalles et tapissée de paniers de basket. Dans l'une des pièces du bâtiment arrière, au-delà d'une porte vitrée et de fenêtres sur la face intérieure desquelles sont appliquées des décalcomanies aux couleurs vives, une classe remplie de pupitres derrière lesquels des écoliers d'une dizaine d'années, sacs en toile griffés Eastpack ou Kipling aux pieds, piaillent. En face d'eux Gérard Klein, l'instit, chemise bleue au col ouvert sur un veston vert olive, et derrière lui Ella Van den Hove en sweat-shirt rayé noir et blanc qui le cadre sur L'Arriflex SR3 posée sur un pied. Michel Mees, le réalisateur, chemise en jeans avec un pull couleur navy enroulé autour du cou, script à la main, explique aux enfants la scène qui va être réalisée ; Stéphane Morelle tend sa perche au dessus de l'acteur ; Jean-Claude Neckelbrouck vérifie avec sa cellule Minolta l'intensité de la lumière ; Bernard Garant, l'assistant, crie le fatidique : "Silence on va tourner" et Gérard Klein devient l'Instit.

Michel Mees
"J'avais envie de me frotter à Gérard Klein, nous confie le réalisateur de la Maison dans la dune. Bien que n'ayant pas participé à l'élaboration du scénario j'ai été en contact avec Pierre Pauquet, le scénariste, qui m'a envoyé un synopsis d'une dizaine de pages. A partir de là on a pu lui faire des remarques, lui envoyer des suggestions. C'est intéressant parce qu'on trouvait qu'il y avait des personnages qui n'étaient pas assez forts. C'est agréable de pouvoir participer assez tôt au processus de production. Ça permet de se faire une idée des décors dont j'avais besoin pour lancer les repérages afin d'avoir le temps de trouver ceux que je désirais. L'histoire se passe dans une petite ville du nord de la France. Je connais assez bien le Nord-Pas-de-Calais et j'ai donc cherché des décors similaires que j'ai trouvés à Uccle et à Boisfort dans des quartiers qui ne sont ni le Logis ni le Floréal à Boisfort et à Uccle au bord de la forêt de Soignes.
Gérard Klein est le fil rouge de la série, c'est autour de lui que tout se passe. C'est le trentième épisode qu'on réalise. Le personnage de Victor Novak est bien installé et Gérard est immédiatement identifié au personnage. Ça permet d'aller plus loin dans des petites nuances de jeu. Et lui s'adapte aux comédiens belges puisque que j'ai un casting exclusivement belge. Dans le film, il arrive dans une petite ville et est confronté à un problème - c'est un compromis entre Tintin et Lucky Luke - puis il repart lorsque sa mission est accomplie.
J'ai rarement eu l'occasion de travailler avec les enfants et je trouve que ce n'est pas facile parce qu'il y a des jours où ils sont concentrés, où l'on peut travailler rapidement avec eux et il y a des jours où par contre c'est très difficile et je ne sais pas pourquoi. On tourne quatre semaines (21 jours) avec dix heures de travail par jour, au lieu de huit au cinéma. C'est peu et c'est fatiguant pour tout le monde y compris pour nous. Comparé à un tournage cinéma, où tu as trente-cinq jours, ce ne sont pas du tout les mêmes conditions.
On découpe entièrement le scénario avant le début du tournage. Par rapport à ce que j'ai imaginé avec la script et la cadreuse dans mon bureau, où on découpait ensemble, il y a des choses qui ne s'organisent pas comme prévu mais on retombe facilement sur nos pattes parce qu'on a une base. Ce qui est merveilleux c'est qu'une fois qu'on a Gérard devant nous avec les enfants et les comédiens il se passe plein de choses entre eux et qu'on peut jouer avec ça. On adapte pour profiter de leur connivence mais on peut pas improviser complètement.
Pour la mise en scène, je fais des travellings, beaucoup de mouvements de caméra, quelques plans séquences mais pas beaucoup mais je découpe normalement avec des plans larges, moyens et gros, des regards. J'essaie de découper le plus possible autant que le temps me le permet. "

Gérard Klein
"J'ai commencé par hasard, je faisais de la radio, nous confie Gérard Klein. Puis j'ai commencé à tourner avec Romy Schneider dans la Passante du Sans-Souci, puis avec Marlène Jobert, Mastroianni, Miou-Miou, Sandrine Bonnaire, Harrisson Ford dans Frantic de Polanski. Quand j'ai commencé à faire de la télé et que ça a marché, ils m'ont gardé. C'est rigolo à faire, ça change tout le temps. Quand je travaille je me couche très tôt, je ne bois pas, je ne me défonce pas, j'ai pas d'aventures, ça fait rire tout le monde mais c'est mon truc .Je suis un acteur studieux, pas Actor'studio. Chez nous on rigole mais je me rends compte que la plupart des gens s'emmerdent. Ce que je ressens avec les enfants est qu'ils sont plus drôles que les adultes, ils se marrent. Ils sont plus professionnels que les adultes parce qu'ils n'ont pas un regard sur eux, ils ne s'écoutent pas parler et ne se regardent pas jouer. Les enfants se laissent aller.
Je suis pas instituteur, je suis comédien. On me dit tu te mets là, tu t'habilles comme ça et tu dis ça. Il ne faut pas être prix Nobel pour ça. L'école c'est un sujet tellement vaste et compliqué. En France aussi il y a des enfants qui ne savent pas lire et qui ne savent pas s'exprimer dans pas mal de régions ou dans les banlieues. C'est vachement grave. Le seul point important pour moi c'est que lorsqu'on est devant des gens très jeunes il faut oublier ses propres problèmes - tout le monde a des problèmes de coeur ou de fric. Beaucoup de parents ne prennent pas soin de leurs enfants. Tous les professeurs et instituteurs se rendent compte que très peu de parents s'occupent de leurs enfants. Il y a une détérioration de la vie de famille. Les enfants sont de moins en moins attentifs à l'école, il faut trouver d'autres moyens d'attirer leur attention. Le truc important c'est le rire. Depuis toujours dans l'enseignement on l'a exclu, les enfants ne se marrent pas. Comme les sociétés changent, la manière de déconner entre gens jeunes évolue beaucoup plus vite que les mentalités des adultes.
J'anime et produis Va savoir, une émission télé pour laquelle j'ai acheté un petit car jaune (en référence aux bus scolaires américains) de 27 places que je conduis et je me balade partout avec des gosses, en France, en Europe et dans le monde. D'ici peu on va aller en Guyanne, on va trouver un car sur place, le repeindre en jaune, coller Va Savoir dessus. Pour moi ce sont des vacances, je n'en prends jamais, j'ai donc trouvé cette combine pour voir des gens et des pays avec des gosses. Quand on est un groupe toutes les portes s'ouvrent. Quand on travaille avec les jeunes il faut leur renvoyer la balle et puis surtout les prendre vraiment au sérieux. Ils sont tellement plus brillants que beaucoup d'adultes. L'émission fait un carton sur France 3, alors qu'au début personne n'en voulait! "

Dimitra Bouras et Jean-Michel Vlaeminckx
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