Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/06/2000
 

Mary Jiménez

On va vous conter « la chose la plus étonnante, la plus surprenante, la plus merveilleuse, la plus miraculeuse, la plus triomphante, la plus étourdissante, la plus inouïe, la plus singulière, la plus extraordinaire, la plus incroyable, la plus imprévue, la plus grande, la plus petite, la plus rare, la plus commune, la plus éclatante, la plus secrète jusqu'aujourd'hui », écrivait Madame de Sévigné à Coulanges, en 1670. Gageons qu'en l'an 2000, la marquise submergerait son monde d'e-mails (textes, photos, petits films). Invraisemblable, inimaginable, étonnant, ébouriffant, renversant et, on en passe...
Le web ne finit pas de reculer les frontières du possible. On souhaitait que l'image se charge aussi facilement que le texte qui jusqu'à présent domine la toile mondiale. C'est quasi fait. Une initiative belge permet aux internautes de s'offrir des courts métrages en se connectant sur icuna.com avec un modem de 56K, voire même de 28K (cinq minutes de téléchargement en haute définition et dix minutes en basse définition, le temps de fumer une cigarette ou de boire une tasse de café !) Les films se présentent au centre de l'écran sur un peu moins que le quart de celui-ci.

Au mois de mai, au Festival International de Cannes 2000, Mary Jiménez et Pierre Guilbert ont fait sensation à la Quinzaine des réalisateurs en présentant trente courts métrages d'une minute à télécharger et à regarder en temps réel sur Internet (connexion rapide ADSL). Ce partenariat avec La Quinzaine a permis à cinq d'entre eux d'être présentés (transférés en Béta) sur le grand écran du Noga Hilton avec succès. Cette initiative née entre Bruxelles et Los Angeles permettra aux auteurs de courts métrages de s'insérer dans une collection qui comprendra 260 films. Le site http://www.icuna.com produit et diffuse des films de fiction créés pour le web et réalisés en DV.

Entretien avec Mary JiménezMary Jimenez

« Je suis fascinée par le web, je m'informe», nous explique la réalisatrice de Loco Lucho, de Du Verbe Aimer, de l'Air de rien et de bien d'autres films. «C'est un moyen génial de distribution interactive. On peut choisir ce qu'on veut voir quand on veut le voir. Dans le format souhaité. Un jour j'ai dit à Pierre Guilbert de faire un site dans lequel on aurait des films, très courts. J'avais envie que ce soit des films d'auteur et Pierre a eu l'idée de faire un film d'une minute. On a tracé une série d'éléments qu'on transmet aux réalisateurs par e-mail, une « map » sur laquelle on a écrit des sujets, des thèmes pour les inviter à faire des films. Un manifeste : il faut créer un espace pour le cinéma indépendant sur le web. C'est un lieu intéressant pour la distribution de films et qui le sera de plus en plus. Tout cela va se développer très vite. Apple vient de sortir un logiciel pour compresser la haute définition ».
« On a envoyé le projet à deux cents réalisateurs. On a reçu des réponses et des films sont arrivés. On a mis les dix premiers films sur cd-rom. Lorsque les réalisateurs voient le travail ils comprennent mieux le projet. Parce qu'une chose est de faire une animation et une autre de construire une fiction avec un début et une chute en final. L'image est trop petite, le son n'est pas génial, il faut donc pouvoir s'adapter aux contraintes du média ».

« Les règles sont très strictes. Paul Mazursky m'a proposé 1'10'. Ça ne va pas. Dix secondes c'est 15% de plus. A qualité égale, tout le monde a le droit de faire un film, aussi bien les étudiants que les réalisateurs consacrés. A Los Angeles, des gens m'envoient de petits films. C'est étonnant parce que les propositions de scénarios sont très originales. Pour le moment on a mis 12 films en ligne. D'ici peu on espère mettre en ligne un chaque semaine, puis deux, trois, quatre jusqu'à ce qu'on puisse arriver à un par jour. A ce moment-là on les enverra par e-mail ». « C'est comme une carte postale. Les films sont compressés (2 mégas) ce qui est moins lourd qu'une photo en JPEG ».

« Pour le moment on paye les films produits. C'est pas énorme mais c'est une minute, c'est-à-dire une demi-journée de tournage. Dans ces conditions-là je donne mille à deux mille dollars par film. Pour le reste, si la collection est programmée en dehors du web, à la télé ou en k7, on discutera les droits d'auteurs ».

« Le partenariat avec la Quinzaine des réalisateurs était intéressant parce que cette année à Cannes on célébrait le mariage du cinéma et du web. Ils ont bien aimé nos trente courts métrages. Et ce qui les passionnait surtout c'est qu'on a une politique d'auteurs comme la leur. Ils ont donc montré les films tout comme ils le seront bientôt à Locarno. Cinq d'entre eux ont été projetés dans la salle du Noga Hilton. On a expliqué le projet. J'avais un peu peur mais ça s'est bien passé. Les gens ont applaudi. On va présenter le projet à Paris et à New-York. A Cannes j'ai participé à un panel de discussion avec Atom Films et d'autres compagnies américaines mais qui ne produisent pas. Ils achètent du contenu, des films en vrac. Il n'ont pas de politique éditoriale, pas de point de vue, c'est un peu tout et n'importe quoi. Ils ont 35 millions de dollars derrière eux, ça n'a rien à voir avec les moyens dont nous disposons. On est à un stade artisanal ». « C'est moi qui ai fait le site web de a à z, le graphisme, etc ».

Mary Jiménez fait appel à la créativité des cinéastes pour ces films. Les contraintes : une minute, narratif, filmé en DV : « Ou bien vous soumettez un scénario ou bien vous envoyez un film fini et s'il correspond à ce que l'on cherche, on l'achète. Ce n'est pas plus compliqué que ça. »

Dimitra Bouras et Jean-Michel Vlaeminckx
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