Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
06/04/2010
 

Mea Culpa d’Alexis Fradier

La tache…

Qu’est-ce qu’une tache ? Dans Mea Culpa, la tache est, aux premières images du film, cette tache de sang qui se répand lorsqu’un homme est fusillé contre un mur. Mais c’est aussi le travail auquel s’emploie un peintre officiel dans un univers très inspiré de la Russie stalinienne. C’est, évidemment, la couleur qu’il utilise. Rouge. Enfin, il y a ce qui tache les mains et l’âme...

Dans un atelier voué à représenter l’image du pouvoir totalitaire en place, un peintre a rendez-vous avec ce qui le hante. Plongées et contre-plongées pèsent et absorbent les personnages. Dessinés en 2D, aux contours légers et simples, ils glissent, presque transparents, sur des décors massifs et gigantesques représentés en 3D. Lentement, un rythme de tics tacs d’horloge pesant, de lumières qui s’éteignent, de bruits de pas qui résonnent, orchestrent savamment la montée d’une attente angoissée. Jusqu’à la matérialisation de cette tache rouge, vivante, mouvante, gluante qui engendre un très beau moment d’affrontement, mi-danse mi-bataille, entre le peintre et ses démons …

Travail de fin d’études à La Cambre, on a découvert Mea Culpa lors de la dernière édition d’Anima où le film était présenté dans la compétition belge. Surprenant par sa maîtrise et sa simplicité, le film se démarquait de bons nombres d’autres travaux. Sans donner de leçon, ce court métrage tire parti d’une sorte de minimalisme qui travaille essentiellement sur le son, les dimensions et le mouvement, pour servir cette belle idée de matérialiser concrètement la tâche. En suivant soigneusement le point de vue de son personnage, Mea Culpa réussit à quitter le niveau un peu barbant de la dénonciation simpliste pour se plonger plutôt dans l’espace intime et halluciné de la déchirure, du fantasme et de la hantise.

 

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