Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/10/2002
Mots-clés : critique de cinéma,
 

Meisje de Dorothé Van Den Berghe

La force brute du réel
Muriel, Laura et Martha. Trois femmes de conditions modestes confrontées à leurs envies d'amour et d'indépendance, à ces besoins sourds et impérieux de changement et de sécurité. Trois parcours populaires et féminins saisis à cet instant particulier où la banalité de leur quotidien est mise en cause par leur désir d'affirmation de soi. Muriel a vingt ans. Elle quitte ses parents et sa campagne natale pour aller vivre en ville, tournant le dos à son adolescence, entrant de plein pied dans cet âge dit adulte avec cette fragilité des premiers choix, des premières désillusions, des premières solitudes.
Laura marchande de journaux est sa logeuse à Bruxelles. La trentaine avancée, elle vit cette époque charnière entre passé et futur où un bilan s'impose et des décisions doivent se prendre. Elle est en train de perdre sa mère atteinte d'un cancer et se sépare de son ami, cherchant dans sa vie chaotique comment redonner chair à ses rêves d'enfants, de mariage et de réussite dans la chanson. Martha, la mère de Muriel, la cinquantaine effacée, redécouvre, après trente cinq ans de mariage silencieux, le langage amoureux auprès d'un amant de son âge et ce goût de liberté va la rapprocher de sa fille.
Jusqu'ici rien de très nouveau pour ce premier long métrage de Dorothée van den Berghe, Meisje, qui au gré des rencontres de ces trois femmes et des tensions qui les habitent, s'attache à nous peindre ces « choses de la vie » qui semblent être le lot de tout un chacun.
Humanité des émotions, morale de la réconciliation, lieux communs du sexe et de l'amour, rien ne manque pour nous donner une énième tranche de vie pétrie de bons sentiments et nous confirmant cette évidence que la vie, c'est pas tout rose et qu'il faut faire avec.
 Et pourtant, Meisje échappe aux banalités et autres redondances propres aux intentions de ce genre de scénario par une mise en scène et une direction d'acteurs qui font très vite oublier les facilités de son propos.
Plantant résolument son film dans ce tissu social dit populaire et poussant le réalisme jusqu'à la crudité, le côté brute du vécu, Dorothée van den Berghe fait exister ses personnages avec un soucis des lieux et des situations qui s'apparente au meilleur du documentaire.
Il y a dans sa démarche de réalisatrice une façon d'appréhender une réalité comme un tout qui jamais ne privilégie l'une de ses composantes au détriment des autres.
Que ce soit une route de campagne, un quartier populaire de Bruxelles, une chambre d'hôpital ou la chaîne d'une usine, le regard qu'elle porte, fait qu'on y est et qu'on y croit.
De même, silhouettes, figurants et autres petits rôles semblent évoluer le plus naturellement du monde, trouvant leur juste place dans le déroulement du film, sans jamais en surcharger la narration ni en illustrer le propos. Et cette volonté de coller à la réalité en y étant attentif à chaque petit détail trouve toute sa pertinence quand elle concerne la vraisemblance des personnages principaux. Soudainement nous dépassons l'anecdotique de leurs histoires pour être littéralement happés par cette totalité de vie où la caméra de Dorothée van den Berghe se sent comme un poisson dans l'eau. Qu'elle filme une femme et un homme faisant l'amour ou la tendresse entre une mère et sa fille partageant le même lit, ses images sont comme investies d'une vérité qui entraîne l'adhésion. Car ici rien de factice, rien d'apprêté mais des peaux, des regards, des larmes qui vivent et racontent souvent plus que de simples mots.
Il est difficile en quelques lignes de relever toutes les qualités qui font de Meisje une réelle surprise mais on retiendra cette façon sans compromis de nous faire partager sa complicité avec ces femmes en devenir et leur milieu social. De même il nous restera l'image de ces séquences de la boîte de nuit où Muriel, impressionnante Charlotte Van den Eynde, s'abandonne à la danse, images fortes et belles d'une possible liberté. 

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