Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
Mots-clés : sortie en DVD, histoire, luttes,
 

Michael Kohlhass d'Arnaud des Pallières

Oeil pour oeil, dent pour dent

Le dernier film d'Arnaud des Pallières est inaccessible, impalpable, d'un autre temps. À l'heure de l'impatience et de la vitesse, Michael Kohlhass débarque comme un ovni. Un objet qu'on ne saisit pas immédiatement, qui glisse entre les doigts. Adaptation du roman homonyme d'Heinrich von Kleist, Michael Kohlhass, même s'il est revenu bredouille du Festival de Cannes 2013, a connu un succès public notable. Faisons un bond de cinq siècles en arrière...

jaquette dvd Michael KohlhaasDans les Cévennes, Michael Kohlhass est un marchand de chevaux prospère. Il mène une vie familiale heureuse jusqu'au jour où il est victime de l'injustice d'un jeune baron. Pour sauver son honneur, pour se venger, cet homme pieu lève une armée et se lance dans une guerre sanglante et dévastatrice. Voici, en quelques mots, l'histoire de cet homme désabusé. L'apparente simplicité du récit n'est pas si explicite dans les faits. Les ellipses sont nombreuses et le spectateur s'égare. Un film taillé à la hache, un film brutal à l'instar de son personnage principal.
Même si l'action se déroule au Moyen-âge, ère des seigneurs et de leurs vassaux où la loi du Talion règne, les thèmes traités se réfèrent à des questionnements bien ancrés dans notre société actuelle. La question de la justice et de l'honneur sont au centre du film : jusqu'où peut-on aller pour défendre ses propres intérêts ?

Tout homme pourrait donc s'identifier au protagoniste, ou du moins tenter de comprendre ses agissements. Sauf que l'interprétation de l'acteur danois Mads Mikkelsen défie les lois de l'identification. Trônant sur son fidèle destrier, la tête haute, fier, Michael Kohlhass est loin de nous. Distance provoquée à la fois par ses mots prononcés avec l'accent nordique (parfois incompréhensibles) et par les innombrables gros plans de son visage, comme taillé dans la glaise. Des parcelles d'un être qui ne nous parvient jamais dans son entièreté.

À noter la photographie du film qui fait voyager le spectateur dans un autre monde, celui des Cévennes au XVIe siècle, celui des paysans aux visages déformés des frères Le Nain, celui des landes qui s'étendent à perte de vue. Des tableaux vivants hyperréalistes, des arrêts sur image permettant au personnage de reprendre son souffle. Temporalité étrange mêlant cavalcades acharnées et immobilisme reposant.
Arnaud des Pallières joue avec les attentes du spectateur et le surprend. Là où on voudrait entendre le tintement des épées et les cris agonisants des mourants, le silence règne. Comme dans cette scène qui inaugure la guerre acharnée à laquelle va se livrer Michael Kohlhass. Avec ses soldats, il envahit le domaine du baron qui l'a trahi, sans foi ni loi, un coup d'arbalète par-ci, un coup d'arbalète par-là, aucune survivant. Pas un mot n'est prononcé pendant cette scène interminable. Seulement les cris déchirants d'un bébé.

En adaptant Michael Kohlhass, Arnaud des Pallières a pris des risques, comme celui d'être incompris ou d'être ennuyeux. Même si la bande son et l'aspect pictural du film méritent toute notre attention, il apparaît comme déroutant et manquant parfois de clarté. Malheureusement, les bonus disponibles sur le DVD ne comblent pas ces vides. 

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