Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/01/2003
Mots-clés : rencontre,
 

Michel Bertiaux

Beaucoup de réalisateurs lui doivent l'animation qui donne davantage du peps à leur film ou leur générique que ce soit pour la télévision ou pour le cinéma. C'est donc l'un de ces hommes de l'ombre sans qui notre cinéma resterait invisible. Beaucoup ignorent qu'il réalise lui-même des films d'animation. Pourtant, comme le définit, très justement, Jacqueline Aubenas, « A lui seul, il est un générique au complet » (Image par image, sous la direction de Philippe Moins, éd. Communauté française/CGRI). Nous avons eu l'occasion de vous présenter La Leçon d'agronomie, au moment où La Croisade des Légumes (montré le 19 janvier à Kinépolis) se termine il nous parait intéressant de remonter la bobine du temps avec son réalisateur.
  « Le premier souvenir de cinéma qui me reste en mémoire est lié à la projection, par les bonnes soeurs, de Felix-le-chat et de Popeye. Sinon, habitant Bracquegnies, nous allions, en famille, voir les Walt Disney. Je me souviens d'une projection de Pinocchio que l'on a faite pour nous quatre au Midi Palace, une immense salle comme il y en avait à l'époque. C'était une époque où l'on passait deux films et un dessin animé en préambule de la séance. Mes parents n'avaient pas la télé, ils l'ont eu assez tard, en 1966 ».
D'emblée Michel Bertiaux est attiré par le dessin. Le cinéma lui donnant l'idée du mouvement. Il dessine donc sur le coin de ses cahiers afin de permettre à ses dessins d'être feuilletés à la vitesse désirée. A l'âge de 16 ans il travaille dans le secteur graphique tout en écrivant des poèmes, des chansons et en faisant de la peinture abstraite à partir d'un dessin figuratif avec des effets de mouvement. Il est l'un des premiers à utiliser l'acrylique en lieu et place de l'huile. Il expose ses oeuvres. L'occasion faisant le larron, il a l'occasion d'effectuer un essai dans un studio d'animation, il y reste et, le patron filant vers une autre destinée, en prend les commandes. Entouré de caméras, Bertiaux fait rapidement son miel de l'animation. « J'ai réalisé mes premiers dessin animés servant à une émission télévisée (RTB) intitulée « Zigomaticorama ». Il en fallait beaucoup parce que le réalisateur s'en servait comme insert. Ensuite j'ai beaucoup travaillé pour la télé scolaire. Un job qui demandait beaucoup d'imagination parce qu'ils avaient peu de moyens. Cela allait du fonctionnement de l'union monétaire à la démocratie en grèce. Beaucoup de sujets qu'il fallait illustrer avec beaucoup d'imagination et que ça bouge pour que les enfants s'intéressent à l'émission. C'était très intéressant. J'ai fait aussi beaucoup de banc titre et de génériques pour beaucoup d'émissions télés et pour beaucoup de films. Ou encore des génériques afin de les animer.
« Je me rends compte que j'ai fait beaucoup de didactique alors que je préfère l'animation plus créative, plus rigolote, plus attirante. »
. C'est sans doute ce qui insensiblement va amener Michel Bertiaux à la réalisation. Mais comme transition il travaille sur les longs métrages de Picha, de Gérald Frydman et de Manuel Gomez et avec Gérard Corbiau pour l'émission : « Salut l'Artiste ».
« En fait, je suis devenu réalisateur parce qu'avec le passage au numérique on a eu moins de boulot et j'ai pu refléchir à mes projets.  Ce que j'avais envie de faire, en tant que réalisateur, n'est pas encore fait. C'est toujours dans des cartons, précise-t-il avant de nous parler d' Un parfum d'amour flotte dans l'air qui fait partie d'une série baptisée Horoscope basée sur les douze signes du zodiaque (Michel prenant en charge le Sagittaire, le Capricorne, le Verseau et le Poisson).. C'est aussi une trilogie puisque deux autres films ont été réalisés par Marc Lobet et Marc Lautal. « Le tout avec des papiers découpés, des gravures de vieux dictionnaires Larousse, du catalogue des « Armes et Cycles de Saint-Etienne » qu'on agrandissait, qu'on mettait ensemble. C'était intéressant comme travail parce que ça rejoint un peu le côté surréaliste belge.
Suit, la leçon d'agronomie (2000) dont nous avons parlé. « On a décidé de renouveler l'expérience précédente. Faire chacun un film (Marc Lobet et Marc Lautal) que nous présenterions ensemble. La Leçon d'agronomie est un film où j'ai pris comme texte de base un manuel d'agronomie. J'ai remplacé tous les mots agriculture et agronomie par le mot politique ! Il est étonnant de voir que dans ce bouquin d'agronomie qui datait des années quarante on parlait de sélection d'individus, de différences de races. Tout à fait un discours d'extrême droite. Ce film montre en quatre minutes et demi, qu'un personnage qui profère des choses banales peut devenir un dictateur sans qu'on s'en rende compte, à la limite. Ce qui m'a plu c'est travailler le métal. C'est un défi au niveau de l'éclairage parce que tout est noir, et qu'il faut se servir de l'éclairage indirect pour faire apparaître les volumes. Si on ne voyait pas les reflets bleutés, on dirait : « Tiens, c'est un film en noir et blanc ».
« Ce sont les plus jeunes spectateurs que je croyais fermés à ce genre de critique de la société qui sont venus me trouver en disant qu'ils avaient reconnus Hitler et les grands tyrans tandis que les plus âgés ne voulait rien savoir. » Ensuite il prépare La Croisade des légumes qui est fait avec des légumes placés dans un décor différent de leur environnement. « Ce que je veux faire c'est un film rigolo. Il y a l'univers des fruits et celui des légumes. La croisade est celle de Godefroid l'artichaut qui va délivrer les tomates qui sont prisonnières. Et pour ce faire notre preux chevalier va mener une grande croisade contre les fruits. Il envoie donc sa fille, un poivron jaune, afin de prévenir les tomates que son père arrive avec ses troupes.» Suite à l'écran, le 19 janvier 2003 à Kinépolis. Digestion garantie.

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