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08/02/2010
 

Michel Guérin : Pratiques et consommation culturelles en Communauté française

COURRIER

Michel Guérin, diplômé en sociologie de la culture de l’Université de Montréal, issu du mouvement associatif centré sur l’éducation permanente, formateur en coopération culturelle européenne, est, actuellement, chercheur auprès de l'Observatoire des politiques culturelles en Communauté française. À ce titre, il a dirigé l'étude sur les Pratiques et consommation culturelles en Communauté française, publiée aux Dossiers du CRISP.

L'Observatoire des politiques culturelles a été institué par un Arrêté du gouvernement de la Communauté française en avril 2001. Organisme à gestion séparée, autonome dans son fonctionnement, il a été créé pour apporter des appréciations sur le fonctionnement des politiques culturelles. Les missions de l’Observatoire sont de quatre ordres :


- Dresser un inventaire de l’ensemble des opérateurs, associations et institutions subventionnées, actifs dans les secteurs culturels,

- Rassembler et coordonner les résultats des études et des recherches menées dans le domaine,

- Transmettre le patrimoine des connaissances en matière de politiques culturelles en Communauté française,

- Procéder à l’évaluation des politiques culturelles.

Dans une société mue par des valeurs démocratiques, qui considère la perméabilité des couches sociales comme un but à atteindre et l'accès à la culture comme un moyen d'y arriver, il est important de confronter la réalité avec les désirs et d'évaluer, par des outils quantitatifs, le taux d'atteinte d'un objectif.

La Ministre de la Culture et de l'Audiovisuel en Communauté française, désireuse de mieux cerner les pratiques du public, peut-être dans l'intention de répondre d'une manière plus adéquate à ses attentes ou même susciter d'autres intérêts auprès des consommateurs culturels, est l'instigatrice de cette recherche menée par L'Observatoire. 

À ce stade de la recherche, basée uniquement sur un dépouillage quantitatif des données fournies par une société de sondage, nous sommes en mesure de faire plusieurs constations. La plus importante, et qui traverse toutes les formes de pratiques culturelles, c'est qu'une habitude ou pratique culturelle acquise avant la vie active se perpétuera, à un rythme plus ou moins grand, une fois entamée la voie des obligations professionnelles et/ou familiales. Une personne qui a pris l'habitude de lire avant 24 ans, continuera à être lecteur jusqu'à la fin de sa vie. De même, quelqu'un qui n'a pas pris goût à la lecture dans sa jeunesse, ne débutera pas cette activité plus tard. Ce qui est interpellant pour la lecture, par exemple, c'est que l’on constate que la tranche d'âge actuelle qui lit le moins ou pas du tout, est la plus jeune, contrairement aux résultats d'une étude semblable produite en 1985. Il y a 20 ans, les gros lecteurs étaient les jeunes de moins de 24 ans. Actuellement, cette tranche d'âge est surtout active dans la consommation de films, soit à la télévision, soit sur DVD et, dans une moindre mesure, au cinéma.

On pourrait, et devrait se demander, la cause de l'abandon de la lecture. Il n'y a jamais eu autant de publications. Les best-sellers se succèdent, la littérature pour jeunes et adolescents remplit les rayons spécialisés. Ni la quantité, ni l'intérêt de l'offre, ne peuvent être mis en cause, si ce n'est la difficulté de réaliser l'acte de lecture, que cela soit de livres ou de BD. Se basant sur des études et constatations similaires accomplies en France et au Québec, Michel Guérin suppose le changement d'attitude de l'enseignement public devant l'éducation à la culture, pour expliquer cette chute de pratiques des jeunes de la lecture, la visite de musée, l'écoute ou la pratique de la musique, ou la participation aux spectacles de théâtre ou de danse.

« Aujourd’hui, il y a un glissement. La culture n'est plus cet outil de valorisation sociale. De ce point de vue, elle n’est plus aussi performante. Actuellement, l’enseignement a une visée plus utilitariste que formatrice. De ce fait, les jeunes ont moins d’intérêt pour les pratiques artistiques. »

Ces suppositions pourraient être vérifiées par des enquêtes qualitatives sur le rôle de l’école dans l’impact de fréquentation de lieux culturels. Des études qui ne vont pas demander aux gens « combien de fois allez-vous au cinéma ? » mais plutôt « quel bénéfice en tirez-vous ? Pourquoi y allez-vous ? »

S'il est encore nécessaire de prouver l'intérêt de la culture, des propos aussi édifiants que ceux du professeur Boris Cyrulnik, neuropsychiatre, devraient suffire. Celui-ci explique comment et pourquoi, contre toute attente logique, certaines personnes font preuve de résilience, c'est-à-dire, sont capables de rebondir et de surmonter de graves épreuves que leur fait subir la vie, soit, grâce à la relation sécurisante reçue par leurs parents dans leur petite enfance, soit par la valorisation de l'intérêt personnel d'adhérer à la sauvegarde du groupe à travers l'art et la culture. C'est en faisant appel à la musique, à la danse et au théâtre, que les jeunes des bidonvilles du monde entier sont amenés à ressaisir les rênes de leur destinée, ce n'est ni avec la répression, ni avec la réglementation.

La création artistique n'est pas un acte personnel fait dans l'intimité de son imagination. Elle n'est pas non plus un produit à valeur marchande. La création est le moyen, pour une société, de tisser une certaine cohésion autour de son existence. Elle est en ce sens, une véritable garantie de sa survie. 

Dimitra Bouras
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