Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
12/04/2011
 

Michel Ocelot - Anima

Présent à Bruxelles en mars 2011 pour fêter les 30 bougies d'Anima, Michel Ocelot, disponible et charmant, s'est prêté au jeu des questions-réponses, heureux d'échanger des propos. Toujours agréable de rencontrer des personnalités restées simplement accessibles.

Cinergie : Dans votre œuvre, il semble que vous accordez plus de place au récit qu’au dessin. Est-ce qu’il vous était venu à l’esprit de faire des films de fiction avant de faire de l’animation ?
Michel Ocelot : C’est vrai que je commence par une histoire à raconter, mais j’ai toujours aimé dessiner et je n’ai pas vraiment envie de faire de la prise de vue réelle. Si j’en ai l’opportunité, je le ferai. D’ailleurs, plusieurs occasions se sont déjà présentées, un peu par hasard. Par exemple, j’ai participé très activement à une comédie musicale sur scène avec Kirikou. J’ai aussi réalisé un clip vidéo pour Björk avec qui j’ai fait des vues réelles et des trucages. Ces projets me sont tombés dessus sans vraiment les avoir cherchés, et j’y ai pris beaucoup de plaisir. Mais, je me sens comblé avec l’animation car cela me permet d’être beaucoup plus puissant et libre par rapport à quelqu’un qui fait de la vue réelle. Grâce à l’animation, je suis un créateur absolu. Quelqu’un qui fait de la vue réelle doit bien s’entourer et de beaucoup de monde, sinon il n’a rien… alors que moi, avec rien, je dessine. On est plusieurs à dessiner, mais c’est une création beaucoup plus complète parce qu’au départ, il n’y a rien et tout sort de nos mains petit à petit.

C. : Pourquoi revenir à la technique de l’ombre chinoise utilisée pour Princes et Princesses dans votre dernier film, Les contes de la nuit ?
M.O. : À l’époque, je n’avais pas les moyens de faire des films, et la technique des ombres chinoises était la moins chère de toutes. Il s’agit de petits pantins de papier que j’articule au-dessus d’une table lumineuse. J’ai pris goût à cette technique car il se passe quelque chose avec la silhouette noire qui ne se passe pas autrement. C’est aussi une sorte d’ascèse, car je n’ai droit qu’à des silhouettes noires sans couleur. C’est une stylisation obligée, logique qui comprend un certain mystère et une certaine magie. J’invite le spectateur à faire « comme si ». On voit bien que ce n’est pas vrai, que c’est artificiel, que c’est noir, mais le spectateur éprouve du plaisir à laisser libre cours à son imagination. Maintenant que j’ai accès à des budgets, j’ai opté, pour Les contes de la nuit, d’une part, pour la technique très simple des silhouettes noires qui met de côté le tridimensionnel et, d’autre part, pour des histoires courtes et innocentes. Parfois, dix minutes suffisent largement pour raconter une histoire, surtout en animation où tout est minutieusement contrôlé : c’est un vrai travail d’orfèvre.

C. : Quelle est l’importance du festival Anima au sein des animateurs et du cinéma d’animation ?
M.O. :
Grâce au festival, les animateurs entrent en contact et se rendent compte qu’ils ne sont pas seuls. Il fallait se serrer les coudes et il y avait quelques lieux à travers la planète qui le permettaient. On avait tout à coup le droit d’exister, de se rencontrer, et de se montrer ce qu’on faisait. Nos premiers films étaient des créations qu’on voulait faire et qu’on ne faisait ni pour l’argent ni pour la gloire. Nous étions des saints et martyrs désintéressés. Pour moi, c’est extraordinaire maintenant parce que ça marche. Mais ce genre de festival a fait du bien à tout le monde. On se retrouvait comme les membres d’une famille lors de différents festivals. C’est également grâce à Anima et à d’autres festivals que l’animation est un peu sortie de son ghetto en touchant de plus en plus de monde, en montrant qu’elle n’était pas que pour les enfants. L’animation est un moyen d’expression : on fait ce qu’on veut, on raconte ce qu’on veut pour les gens qu’on veut.

C. : À qui sont destinés vos films ?
M.O. :
Je vais là où il me semble que je dois aller, sans appliquer aucune recette, et sans avoir un public ciblé. Quand j’ai dit que je faisais de l’animation, on a gravé au fer rouge sur mon front : « enfant ». Au début, j’étais très mécontent, mais maintenant ça ne me gêne plus, je joue avec. Et je sais bien que les enfants sont là pour voir des films qui ne leur sont pas destinés. Les enfants sont là pour apprendre en 18 ans, 5000 ans de civilisation. Il faut les bombarder sans arrêt d’informations : des informations qu’ils comprennent, des informations qu’ils devinent, des informations qu’ils engrangent. Mes films ne sont pas destinés spécifiquement aux enfants, mais ils leur plaisent.

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